Le Conseil national de Transition (CNT) du Mali a adopté, le 10 juillet 2026, les projets de loi autorisant la ratification des accords portant création de la chaîne de télévision Tafouk TV et de la radio Daandè Liptako, une nouvelle étape dans la mise en place du dispositif médiatique commun de la Confédération des États du Sahel (AES).
Présentés par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, les textes concernent deux médias confédéraux appelés à renforcer la coopération audiovisuelle entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. L’accord instituant Daandè Liptako avait été signé le 26 novembre 2025 à Ouagadougou, tandis que celui créant Tafouk TV l’avait été le 21 décembre 2025 à Bamako.
Leur ratification permettra au Mali de participer pleinement à la gouvernance, au financement et au fonctionnement de ces organes communs, conçus comme des outils de diffusion d’une information partagée, de valorisation des langues nationales et des patrimoines culturels, mais aussi de réponse aux campagnes de désinformation ciblant l’espace sahélien, selon les autorités de l’AES.
Des médias déjà opérationnels
La radio Daandè Liptako a officiellement commencé à émettre le 21 décembre 2025. Basée à Ouagadougou, elle diffuse en continu avec des relais à Bamako et Niamey. Au Burkina Faso, elle est notamment accessible sur la fréquence 94.0 FM.
Installée à Bamako, Tafouk TV est, depuis mars 2026, diffusée sur la télévision numérique terrestre au Burkina Faso ainsi que sur le bouquet Canal+, au canal 387. Les autorités annoncent également une diffusion en Afrique, en Europe, en Amérique et au Moyen-Orient.
Le nom « Tafouk », qui signifie soleil en tamasheq, et « Daandè Liptako », traduit par La Voix du Liptako en fulfuldé, illustrent la volonté de promouvoir les identités culturelles sahéliennes.
Les deux médias proposeront une programmation en français et en langues nationales, comprenant journaux télévisés, magazines, émissions éducatives, culturelles et contenus consacrés aux politiques communes de la Confédération. La radio est appelée à jouer un rôle stratégique auprès des populations rurales, où l’accès à Internet demeure limité.
Les instances dirigeantes sont déjà en place. Le conseil d’administration de Daandè Liptako, présidé par Mossokoura Konaté, conseillère technique au ministère malien de la Communication, a été installé en juin à Ouagadougou. Celui de Tafouk TV, dirigé par Hélène Ayika, a tenu sa première session le même mois à Bamako.
Une architecture médiatique répartie entre les trois États
Le projet médiatique de l’AES repose sur une répartition des structures entre les trois pays membres. Bamako accueille la télévision confédérale, Ouagadougou la radio et Niamey est appelée à abriter une future agence de presse, dont les projets juridiques et institutionnels ont été transmis aux autorités nigériennes en juin 2026.
Cette agence aura pour mission d’alimenter les rédactions en dépêches, photographies et autres contenus communs, complétant ainsi le dispositif audiovisuel régional.
Tafouk TV et Daandè Liptako travailleront en coordination avec les médias publics nationaux – la RTB du Burkina Faso, l’ORTM du Mali et la RTN du Niger – à travers le partage d’équipements, de productions et de compétences, sans se substituer à leurs missions nationales.
Devant le CNT, Abdoulaye Diop a indiqué que le fonctionnement des médias confédéraux reposerait principalement sur un financement endogène. Les conseils d’administration, composés de représentants des trois États, seront chargés de superviser les budgets, les recrutements, les investissements et les orientations éditoriales.
Le projet trouve son origine dans les travaux lancés à Bamako en août 2024 sur une stratégie commune de communication, puis approfondis lors d’une réunion d’experts organisée en janvier 2026, consacrée aux grilles de programmes, aux organigrammes, aux budgets et aux procédures de recrutement.
Dans le cadre de son ouverture à des partenaires extérieurs, Tafouk TV a également signé, le 8 juillet 2026 à Niamey, un accord de coopération avec la chaîne russe RT, en marge des consultations ministérielles entre la Confédération des États du Sahel et la Fédération de Russie.
Avec l’adoption de ces textes par le CNT malien, l’AES poursuit la structuration de son espace médiatique commun, articulé autour d’une télévision à Bamako, d’une radio à Ouagadougou et d’une future agence de presse à Niamey.
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