Le projet de renaissance de l’École supérieure de commerce d’Abidjan (ESCA) franchit un cap décisif. Ce 12 juin 2026, lors de la clôture des festivités du cinquantenaire de l’institution, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Adama Diawara, s’est dit favorable au projet de transformation de l’ESCA en une Business School de standard international.
Cette annonce répond à un appel pressant de l’ancien Premier ministre Patrick Achi, actuel président de l’Assemblée nationale, qui avait plaidé dès l’ouverture des travaux, pour une transformation de l’école afin de l’aligner sur les exigences des institutions de formations internationales.
Pour justifier l’urgence de cette réforme, le ministre Adama Diawara a exposé des indicateurs économiques sans concession. En Côte d’Ivoire, si le taux de chômage national global s’établit à 4,7 % au troisième trimestre 2025 selon le Bureau international du travail (BIT), il bondit à 13,7 % chez les seuls diplômés de l’enseignement supérieur.
Face à ce décalage, le ministre appelle à une rupture managériale : « Si nos diplômés ne comptent que sur la fonction publique et les entreprises privées établies, on ne peut pas s’en sortir. Il faut penser au taux d’emploi, il faut penser à l’entrepreneuriat ».
Cette vision est déjà gravée dans la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur, qui impose désormais un socle commun (anglais, informatique, entrepreneuriat) dès la licence. L’autre urgence est le freinage de la fuite des cerveaux.
Les statistiques de l’établissement sont révélatrices : depuis l’avènement du président Alassane Ouattara, 64 diplômés de l’ESCA ont intégré HEC Paris sans aucun retour au pays. Pire, sur 58 étudiants ivoiriens admis à l’École Polytechnique, un seul a regagné la Côte d’Ivoire. Créer une Business School locale de niveau mondial est donc devenu une nécessité économique pour retenir les talents.
La future ESCA Business School combinera excellence académique et équité sociale. Le ministre a martelé que l’accès se ferait exclusivement sur le mérite intellectuel : « Il ne faut pas en arriver à la sélection par l’argent ».
Le modèle économique de l’école reposera sur un double système de financement : Pour les étudiants boursiers, l’État s’engage à prendre en charge les frais de scolarité à hauteur de 70 % du coût unitaire, voire au-delà, en conformité avec le système LMD.
Cependant, pour les non-boursiers, le ministre de l’Enseignement supérieur, Adama Diawara, a souligné que les frais réels d’une formation de haut vol seront supportés par les familles ou par des entreprises mécènes.
Moussa Abdoul Kader Diaby, directeur général de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INPHB), une école d’excellence, a confirmé avoir reçu le feu vert ministériel pour faire revivre l’établissement.
Selon lui, « les planètes s’alignent » pour positionner l’ESCA aux standards internationaux et l’intégrer efficacement dans l’écosystème des écoles de l’INPHB, que ce soit à Yamoussoukro ou à Abidjan.
Fondée en 1975 sous l’impulsion du président Félix Houphouët-Boigny et du ministre Ange-François-Barry Batesti, l’ESCA est une filière historique de l’ESCAE.
En cinq décennies et 45 promotions, elle a formé plus de mille diplômés, dont sept ministres de la République, aujourd’hui regroupés au sein de l’association Senior ESCA. Avec cette mutation d’envergure, l’institution s’apprête à écrire une nouvelle page majeure de l’histoire de l’élite managériale africaine.
AP/APA






