Le Conseil présidentiel libyen et plusieurs partis politiques défendent une reprise du processus électoral fondée sur l’unification des institutions, un référendum populaire et une appropriation nationale des décisions.
Le chef du Conseil présidentiel libyen, Mohammed Menfi, et plusieurs partis politiques ont réaffirmé, à Tripoli, leur refus de revenir aux anciens cadres juridiques et électoraux, accusés d’avoir affaibli le pluralisme politique et aggravé les divisions institutionnelles du pays. Cette position figure dans une déclaration politique publiée à l’issue d’une réunion conjointe, au moment où la Libye reste prise dans une transition prolongée, sans calendrier électoral stabilisé ni autorité exécutive unifiée.
Les participants ont appelé à maintenir la dynamique politique engagée autour des travaux du Comité «6+6», du Comité consultatif et des discussions de dialogue structuré. Leur message vise surtout à éviter une simple relance technique des élections sans accord préalable sur les règles du jeu. Le texte insiste ainsi sur l’unification des institutions souveraines et exécutives, présentée comme une priorité pour tout futur arrangement politique, tout en rejetant la transformation de gouvernements parallèles ou de situations provisoires en réalités politiques durables.
La déclaration met également en avant le principe selon lequel le peuple libyen demeure la source de la légitimité. Les participants défendent, à ce titre, l’option d’un référendum public direct afin de valider les grandes décisions nationales et de leur donner une légitimité populaire claire. Cette insistance traduit une méfiance persistante envers les compromis conclus uniquement entre élites politiques, souvent fragilisés par les rivalités territoriales, les rapports de force armés et les ingérences extérieures.
Le texte souligne toutefois que la réussite d’un futur scrutin ne dépendra pas seulement de lois électorales ou de dates annoncées. Les partis réclament des garanties politiques, sécuritaires et institutionnelles capables d’assurer une transition stable, de protéger le vote et de favoriser l’acceptation des résultats. Derrière cette demande, se lit une critique implicite des précédentes tentatives électorales, régulièrement bloquées par l’absence de consensus sur les candidatures, les pouvoirs du futur président et la place des institutions concurrentes.
Les participants défendent enfin une «pleine appropriation nationale» du processus politique. Le rôle des partenaires internationaux et de la mission de l’ONU devrait, selon eux, rester limité à l’appui et à la facilitation, sans se substituer aux accords directs entre Libyens. Cette formulation reflète une volonté de reprendre la main sur un dossier libyen souvent traité comme un terrain de médiation internationale, mais elle pose aussi une question centrale : les acteurs libyens disposent-ils encore d’un espace politique suffisant pour produire seuls un compromis accepté par tous ?
Les partis politiques ont été chargés d’élaborer une vision nationale écrite et unifiée sur les élections présidentielle et législatives à venir, ainsi que sur les conditions nécessaires à un environnement électoral sûr. Cette démarche peut marquer une tentative de réhabilitation du rôle partisan dans un pays où la scène publique a longtemps été dominée par les autorités rivales, les alliances locales et les logiques sécuritaires. Reste à savoir si cette initiative débouchera sur une feuille de route opérationnelle ou si elle s’ajoutera aux nombreux textes politiques restés sans traduction concrète.
MK/AK/Sf/APA






