Les autorités tunisiennes ont organisé, vendredi, un vol de rapatriement volontaire de 243 migrants ivoiriens au départ de l’aéroport Tunis-Carthage, selon des déclarations du porte-parole de la Direction générale de la Garde nationale, Houssem Eddine Jebabli, rapportées par La Presse. L’opération s’inscrit dans un programme engagé après la mise en place d’un camp à El Amra, dans le gouvernorat de Sfax, sous l’impulsion du ministère de l’Intérieur et la supervision du président Kaïs Saïed.
Selon le responsable tunisien, la majorité des migrants concernés seraient entrés sur le territoire par voie terrestre, acheminés par des réseaux de passeurs à bord de véhicules, de camions ou à pied. Tunis présente ainsi ces retours comme une réponse organisée à une migration irrégulière devenue l’un des dossiers les plus sensibles du pays, notamment dans les zones du centre-est, où la pression s’est fortement concentrée autour de Sfax et de ses environs.
Le discours officiel insiste sur une approche «humanitaire» destinée aux migrants originaires d’Afrique subsaharienne. D’après les autorités tunisiennes, ce programme aurait déjà permis le retour de plus de 4 000 personnes vers leurs pays d’origine. La Garde nationale affirme assurer la coordination logistique des camps, en lien avec les autorités régionales et des partenaires comme le Croissant-Rouge tunisien, tandis que la Direction générale des frontières et des étrangers travaille avec les ambassades concernées pour faciliter les départs.
Cette présentation institutionnelle ne dissipe toutefois pas toutes les interrogations. La notion de «retour volontaire» reste difficile à évaluer lorsqu’elle s’inscrit dans un environnement marqué par des contrôles renforcés, des regroupements dans des camps et une forte pression sécuritaire sur les migrants. Le dispositif tunisien apparaît ainsi à la fois comme un mécanisme d’assistance et comme un outil de gestion politique d’un dossier devenu lourd pour Tunis, sur fond de tensions sociales, de pressions européennes et de fragilités économiques internes.
Le choix de communiquer sur ces opérations traduit aussi la volonté des autorités de montrer leur capacité à reprendre la main sur les flux migratoires. En mettant en avant les chiffres des retours et la coopération avec les pays d’origine, Tunis cherche à donner une image de maîtrise administrative. Mais l’absence de données détaillées sur les conditions d’accueil, les profils des migrants concernés, les garanties offertes et le suivi après rapatriement limite encore la portée de ce récit officiel.
Cette opération confirme enfin la place de la Tunisie dans les routes migratoires africaines vers la Méditerranée. Le pays n’est plus seulement un espace de transit : il devient un territoire de fixation temporaire, de négociation diplomatique et de gestion sécuritaire. Derrière chaque vol de retour, se joue donc une équation plus large : celle d’un État tunisien qui cherche à répondre aux inquiétudes internes tout en évitant d’apparaître comme le simple poste avancé de la politique migratoire européenne.
MK/ak/Sf/APA






