Les dirigeants africains plaident pour des réponses sécuritaires repensées et une souveraineté renforcée face aux crises du continent.
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a ouvert lundi la 10e édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique en appelant à une refondation des réponses africaines aux crises sécuritaires, tandis que ses homologues mauritanien et sierra-léonais ont insisté sur la souveraineté, l’intégration et la prévention comme leviers clés pour l’avenir du continent.
S’exprimant devant plusieurs chefs d’État et responsables régionaux, Bassirou Diomaye Faye a salué la présence des invités et partenaires, estimant qu’elle « témoigne de l’attachement à la paix et à la sécurité du continent », tout en rappelant que Dakar s’est imposé comme une « capitale du dialogue stratégique africain et international » sur ces questions.
Le chef de l’État sénégalais a décrit un monde marqué par une « profonde instabilité », avec une fragilisation des équilibres multilatéraux, des tensions entre grandes puissances et des conflits persistants, notamment à Gaza. Sur le continent africain, il a relevé la multiplication des menaces, allant des conflits armés au terrorisme, en passant par la criminalité transfrontalière, la piraterie maritime, la cybercriminalité, la désinformation, ainsi que les effets du changement climatique et les risques sanitaires.
Face à ces défis, il a estimé que « les architectures de sécurité collective existantes présentent des limites », appelant à les rendre « plus agiles, plus efficaces et mieux adaptées aux réalités du terrain ». Il a également plaidé pour une souveraineté africaine assumée, affirmant que « l’Afrique ne doit plus se contenter d’être le centre des convoitises entre grandes puissances », mais devenir un acteur à part entière des recompositions mondiales.
Dans cette dynamique, Bassirou Diomaye Faye a insisté sur la nécessité de renforcer la souveraineté stratégique, économique et numérique, tout en appelant à transformer localement les ressources du continent afin de soutenir l’industrialisation. Il a aussi plaidé pour le renforcement des mécanismes de prévention des conflits, une meilleure coordination des forces régionales et le développement d’une industrie de défense africaine.
Intervenant à son tour, le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a proposé une lecture renouvelée de la souveraineté, estimant que l’indépendance absolue relève désormais d’un idéal. Selon lui, la souveraineté se décline en plusieurs dimensions – alimentaire, énergétique, hydrique, économique, numérique ou sanitaire – et dépend du niveau de maîtrise des dépendances extérieures.
Dans un contexte mondial dominé par des rapports de force, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a souligné que la souveraineté réside désormais dans la capacité des États à réduire leurs vulnérabilités, renforcer leur résilience et sécuriser leurs ressources stratégiques. Il a insisté sur le rôle central de l’intégration africaine comme levier permettant de limiter les dépendances extérieures et de renforcer le poids du continent sur la scène internationale.
Selon lui, stabilité, intégration et souveraineté constituent trois dimensions indissociables d’un même projet historique pour l’Afrique, condition essentielle à la réalisation des ambitions de l’agenda 2063, avec pour objectif une Afrique « stable dans ses institutions, intégrée dans son économie et souveraine dans ses choix ».
De son côté, le président sierra-léonais Julius Maada Bio a mis en avant la nécessité de réponses « pratiques et durables » aux défis du continent. En sa qualité de président de la Cédéao, il a plaidé pour une stratégie africaine de paix et de sécurité fondée sur la prévention, tout en saluant l’engagement du Sénégal dans l’organisation du Forum de Dakar.
AC/Sf/APA







