Quinze ans après la révolution de 2011, la Tunisie connaît une détérioration profonde des droits humains et des libertés publiques, selon un rapport publié à l’occasion de cet anniversaire par une organisation internationale de défense des droits.
Quinze ans jour pour jour après la chute de l’ancien régime, le 14 janvier 2011, la situation des droits humains en Tunisie connaît une régression jugée alarmante. C’est le constat dressé par la Fédération internationale pour les droits humains dans un rapport rendu public à cette date symbolique. Intitulé « Du coup d’État à l’étouffement des droits : le mode opératoire de la répression en Tunisie de 2021 à 2025 », le document analyse les mécanismes institutionnels et sécuritaires mis en place ces dernières années pour instaurer un climat de peur et verrouiller l’espace politique et civique.
Selon ce rapport, les acquis fondamentaux issus de la révolution tunisienne sont aujourd’hui gravement remis en cause. Profitant d’une crise économique et sociale persistante et d’un profond mécontentement populaire, le pouvoir exécutif aurait progressivement concentré l’ensemble des leviers institutionnels, marginalisant les contre-pouvoirs et affaiblissant les garanties constitutionnelles. Cette dynamique s’est accompagnée d’une instrumentalisation de l’appareil judiciaire et d’une révision du cadre constitutionnel ayant consacré un régime hypercentralisé.
Le rapport décrit une multiplication des restrictions visant l’opposition politique, la société civile et les médias. Arrestations arbitraires, poursuites judiciaires à caractère politique, recours extensif à la législation antiterroriste et contrôle renforcé de l’espace médiatique figurent parmi les principaux outils recensés. L’objectif affiché, selon l’analyse, serait de neutraliser toute contestation et d’imposer une discipline politique fondée sur la dissuasion et la peur.
Des responsables associatifs, cités par Radio France Internationale, évoquent un recul manifeste des libertés depuis 2021, après une décennie marquée par une relative ouverture démocratique. Cette dérive autoritaire touche directement l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et la participation citoyenne, avec un impact durable sur la vie démocratique du pays.
Le rapport souligne que ce climat de répression « n’est pas le fruit du hasard », mais le résultat d’une stratégie méthodique visant à contrôler progressivement la vie politique et à museler la société. Il met en garde contre l’installation d’un système où l’exception devient la norme et où la peur se substitue au débat public.
La libération récente d’une journaliste, emprisonnée depuis plusieurs années dans une affaire liée à une société de contenus numériques impliquant des responsables du mouvement Ennahda, illustre à la fois la dureté du contexte répressif et la pression croissante exercée par les organisations professionnelles et les défenseurs des droits humains. Son cas, largement relayé par les médias internationaux, a ravivé le débat sur la criminalisation du travail journalistique et l’usage politique de la justice.
Quinze ans après l’espoir suscité par la révolution, la Tunisie apparaît ainsi, selon les auteurs du rapport, à un tournant critique de son histoire contemporaine, où la promesse démocratique cède progressivement la place à un système de contrôle autoritaire, au détriment des libertés et de l’État de droit.
MK/Sf/APA






