A l’ouverture du séminaire « Processus d’Oran », le ministre algérien Ahmed Attaf a exhorté l’Afrique à “parler d’une seule voix”, tout en imputant l’interventionnisme extérieur à la faiblesse d’initiatives africaines — un constat qui met aussi en lumière les limites de la diplomatie algérienne.
Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a appelé lundi à Alger les pays africains à « plaider d’une seule voix » dans les instances multilatérales, lors du 12ᵉ séminaire de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique, dit « Processus d’Oran ». Il a estimé que « la rareté des initiatives africaines pour résoudre les conflits a ouvert un large espace aux interventions extérieures », appelant à renforcer la capacité du continent à proposer ses propres solutions.
Ce discours, largement répété par la diplomatie algérienne, intervient pourtant dans un contexte où l’action de l’Algérie en matière de résolution des crises régionales apparaît limitée et souvent contredite par les faits.
Si Attaf évoque la nécessité d’un « bloc africain uni » au Conseil de sécurité, il n’a pas abordé les divisions qui persistent au sein même de l’Union africaine, ni les divergences profondes entre États du Maghreb et du Sahel sur de nombreux dossiers majeurs.
L’Algérie, qui se présente régulièrement comme un acteur central de la paix africaine, n’a pas réussi à transformer ses déclarations récurrentes en initiatives concrètes sur plusieurs crises qu’elle cite elle-même : guerre au Soudan, blocage politique en Libye ou instabilité croissante au Sahel.
Le ministre a dénoncé l’absence de perspectives de règlement au Soudan et qualifié le dossier libyen « d’oublié », sans mentionner la paralysie de la médiation menée par Alger depuis plusieurs années. Sur la Libye, l’Algérie, pourtant voisine directe, n’a présenté aucune feuille de route opérationnelle, laissant d’autres acteurs régionaux et internationaux occuper le terrain diplomatique. Le même constat s’impose pour le Sahel, où la dynamique sécuritaire s’est profondément détériorée malgré les multiples annonces algériennes au titre de l’accord d’Alger de 2015, resté largement lettre morte.
L’évocation du Sahara s’inscrit également dans cette logique : Alger souligne chaque année « l’absence de solution durable », mais n’a pas participé à un seul cycle de pourparlers de l’ONU depuis 2019, ni proposé d’initiative tangible susceptible d’accélérer le processus politique. Le rôle diplomatique que revendique Attaf reste ainsi affaibli par une posture essentiellement déclarative, déconnectée d’un engagement concret sur le terrain ou au sein des opérations régionales.
Tout en appelant à la mobilisation contre la « marginalisation de l’Afrique », Attaf a lui-même admis un « recul du rôle diplomatique continental », constat qu’il attribue à une « faible attention portée à nos propres zones de tension ». Mais cette autocritique demeure largement théorique : aucune nouvelle proposition, cadre d’action ou mécanisme africain n’a été présenté durant cette édition du « Processus d’Oran ».
Malgré l’ambition affichée de « solutions africaines aux problèmes africains », le séminaire s’est limité à réitérer des constats déjà formulés depuis plusieurs années, sans qu’une initiative africaine structurante — portée ou soutenue par Alger — n’ait émergé.
MK/Sf/APA







