Antananarivo accueillait le weekend dernier les chefs d’État et de gouvernement d’Afrique australe. Au programme : intégration régionale, renforcement des échanges commerciaux, sécurité, relations avec les Etats-Unis de Donald Trump…
Agenda chargé et un test grandeur nature pour le président malgache, Andry Rajoelina, qui a pu affirmer le leadership de la Grande Île dans une région au carrefour d’enjeux stratégiques croissants, ce 45e sommet ordinaire de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) s’est officiellement clos ce dimanche à Antananarivo. Point d’orgue d’une dense semaine de rencontres et discussions au sein de la capitale malgache, il est l’amorce de douze mois de la présidence tournante de la SADC.
Andry Rajoelina, Président de Madagascar, a remercié à la tribune ses homologues « pour la qualité de (leurs) discussions et pour la pertinence des décisions prises ».
« Les échanges ont été riches, les contributions nombreuses et éclairées », a encore lancé le président malgache, selon qui le sommet a permis « d’adopter des décisions importantes pour l’avenir de notre région, pour nos peuples, et pour le renforcement de notre coopération ».
Dans un contexte international marqué par l’incertitude et un regain des tensions géopolitiques, la réunion des pays membres de la SADC – parmi lesquels l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la République démocratique du Congo (RDC), la Tanzanie ou encore les Seychelles – était, pour Andry Rajoelina, un « signal fort », « gage de la fraternité et de l’unité régionales ».
L’intégration régionale pour une SADC plus résiliente et autonome
Le programme était particulièrement dense pour les représentants des pays d’Afrique australe, réunis autour de priorités stratégiques : l’industrialisation, la transformation du système agricole et la transition énergétique. Plusieurs protocoles ont été signés au cours du sommet, couvrant des domaines clés tels que le tourisme, l’énergie, les statistiques ou encore l’industrie. Sur ce dernier point, l’objectif affiché est ambitieux : faire passer en cinq ans la part du secteur manufacturier de 11 % à 30 % du PIB de la SADC.
L’un des temps forts du sommet a également porté sur l’intégration économique régionale. Les Chefs d’État ont réaffirmé leur volonté d’accélérer le projet de corridor économique Nord-Sud, un vaste plan d’aménagement de la route commerciale reliant Durban, en Afrique du Sud, à Kolwezi, en République démocratique du Congo. Ce projet structurant, qui pourrait générer jusqu’à 1,6 million d’emplois, illustre la détermination de la SADC à renforcer ses infrastructures et ses chaînes logistiques. Toutefois, ni calendrier ni montant d’investissements n’ont encore été précisés.
Avec ce leitmotiv commun – faciliter la libre circulation des biens et services et dynamiser les échanges commerciaux entre États membres – l’Afrique australe entend se doter d’une économie plus intégrée, plus autonome et plus résiliente face aux crises mondiales, tout en réduisant sa dépendance aux aides extérieures.
En somme, il s’agit pour les pays concernés de miser sur leurs propres forces et ressources (naturelles, humaines, technologiques) en renforçant l’intégration économique de la SADC. Avec l’augmentation spectaculaire des tarifs douaniers initiée par Donald Trump, « il devient de plus en plus évident que nous avons plus de chances de réussir lorsque nous dépendons davantage de nos propres ressources que du soutien extérieur sur lequel nous n’avons absolument aucun contrôle », a relevé à la tribune le secrétaire exécutif de la SADC, Elias Magosi. Ce pourquoi ses membres doivent, selon lui, « renforcer le commerce intrarégional, éliminer les barrières commerciales, investir dans les infrastructures essentielles qui (…) accélèrent l’intégration régionale ».
Le sommet se déroulant à Madagascar, surnommée « la Grande Île », Antananarivo a tenu à accorder une place particulière à la valorisation des États insulaires membres de la SADC : Madagascar donc, mais aussi Maurice et les Seychelles. Des îles qui sont restées « longtemps en marge des priorités régionales », a observé la ministre malgache des Affaires étrangères, Rafaravatitafika Rasata. Pour la cheffe de la diplomatie malgache, « en unissant le potentiel maritime, économique, environnemental et culturel des îles avec les ressources, la puissance agricole et industrielle des États membres continentaux, nous pouvons bâtir la SADC autonome et compétitive que nous voulons ».
RDC, relations avec Washington : les autres dossiers de la présidence malgache
Si l’agenda des chefs d’État et de leurs délégations était déjà bien rempli par les priorités mises en avant par la présidence malgache, l’actualité internationale, particulièrement électrique, s’est aussi invitée au cœur des discussions. À commencer par le conflit en RDC, seul pays dont le président, Félix Tshisekedi, avait décliné l’invitation de son homologue Andry Rajoelina. L’Est de la RDC est en effet déchiré par un conflit qui exacerbe les tensions entre le géant d’Afrique centrale et son voisin rwandais, forçant des millions d’habitants à l’exil. Le sommet de la SADC a donc été pour Andry Rajoelina l’occasion de défendre une position de « neutralité active » sur ce dossier brûlant, incluant soutien humanitaire et coopération sécuritaire.
L’autre dossier épineux de la présidence malgache résidait sans conteste dans le raffermissement des relations entre les États membres de la Communauté de développement de l’Afrique Australe (SADC) et les États-Unis. Le 13 août s’est ainsi tenu à Antananarivo le premier Forum de dialogue entre les deux parties : alors que les pays de la SADC regorgent, comme l’Ukraine en Europe, de minerais stratégiques intéressant Washington au plus haut point, des hauts fonctionnaires africains et américains ont pu échanger autour des priorités politiques de la nouvelle administration étasunienne.
« Il est essentiel », a déclaré à cette occasion la secrétaire adjointe à l’intégration régionale de la SADC, « que nous élaborions des approches concrètes pour nous adapter aux réalités émergentes et que nous recentrions notre coopération vers un partenariat plus réactif ».
La vision et le leadership malgache salués par les dirigeants africains
Une manière fort diplomatique de prendre acte de l’approche « contractuelle » imposée au forceps par le nouvel hôte de la Maison Blanche dans les relations internationales. En quelque sorte, Andry Rajoelina a repris à son compte cette nouvelle donne lors de son discours prononcé dimanche, en affirmant devant ses pairs que « l’heure n’est plus à la réflexion, mais aux stratégies concertées. L’heure n’est plus à la dépendance, mais à l’affirmation souveraine. L’heure n’est plus à la lenteur, mais à l’accélération, à l’audace et à l’efficacité ». De nouvelles règles pour un nouveau monde, en somme.
Le message a, semble-t-il, été bien reçu par les dirigeants africains. Par la voix du président sud-africain Cyril Ramaphosa, ceux-ci ont déclaré avoir « la certitude que, sous (la) direction (d’Andry Rajoelina), la SADC continuera de progresser vers l’intégration régionale, la résilience économique et le développement durable ». Estimant que la présidence malgache de la SADC « marque une étape majeure pour Madagascar », le dirigeant a salué le « leadership » de son homologue, qui est selon lui parvenu à déployer lors de ce sommet « une vision audacieuse et des ambitions fortes pour l’avenir de (leur) région ». Un sans faute pour Madagascar ?
AC/Sf/APA







