Café, sucre, huile végétale, riz : des produits de première nécessité financés par l’État algérien apparaissent de plus en plus souvent sur les étals tunisiens, alimentant un système de contrebande en plein essor. Alors que la Tunisie traverse une crise économique aiguë, ce phénomène est devenu un indicateur direct de la pression subie par les ménages face à une inflation persistante.
Selon les données officielles, les prix des légumes ont bondi de 15,9 % en novembre, ceux des fruits de 11,5 %, tandis que la viande et le poisson ont enregistré une hausse avoisinant 10 %, faisant de l’alimentation le poste qui pèse le plus lourd dans les budgets familiaux.
L’expansion de cette contrebande provoque des tensions croissantes des deux côtés de la frontière. En Algérie, de nombreux internautes dénoncent ce qu’ils perçoivent comme un détournement massif des subventions publiques.
« Les responsables ont fait de l’Algérie une vache laitière », commentent certains, appelant à revoir les politiques de soutien aux produits de base. D’autres réclament une revalorisation des salaires pour réduire l’attrait de la contrebande et limiter les pertes financières pour l’État.
En Tunisie, le phénomène se développe sur fond de crise politique et sociale. Le pays connaît une contestation continue menée notamment par la centrale syndicale UGTT, dans le collimateur du pouvoir, tandis que les difficultés d’approvisionnement se multiplient. La disponibilité de produits algériens subventionnés, vendus à des prix plus bas que les équivalents locaux, devient pour certains commerçants une bouée de sauvetage, mais pour les autorités, il s’agit d’un signal alarmant d’un marché intérieur sous tension.
Les analystes estiment que cette dynamique illustre la fragilité de l’économie tunisienne, dépendante d’importations chères et confrontée à une inflation structurelle, ainsi que l’existence de réseaux informels transfrontaliers difficilement contrôlables. Des mesures de coordination entre les deux pays sont régulièrement évoquées, sans qu’une stratégie durable n’ait encore émergé pour endiguer un commerce parallèle qui continue de prospérer au rythme de l’appauvrissement des populations.
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