Le président tunisien Kaïs Saïed évoque une revalorisation des salaires jusqu’en 2028, dans un contexte économique fragilisé et aux marges budgétaires limitées.
Le président tunisien Kaïs Saïed a présidé, le 23 mars au palais de Carthage, une réunion consacrée aux dossiers économiques et sociaux, centrée sur l’application de l’article 15 de la loi de finances 2026. Celui-ci prévoit une augmentation progressive des salaires dans les secteurs public et privé sur la période 2026-2028, ainsi qu’une revalorisation des pensions de retraite. Présentée comme une réponse aux attentes sociales, cette orientation intervient dans un environnement économique particulièrement contraint.
Cette annonce s’inscrit dans un discours politique mettant en avant la nécessité de corriger les déséquilibres hérités du passé. Le chef de l’État tunisien a dénoncé la persistance de réseaux de corruption et évoqué des tentatives de déstabilisation, tout en appelant à une mobilisation accrue des institutions. Pourtant, ce cadrage politique tend à éluder la question centrale des capacités financières réelles de l’État à soutenir une telle trajectoire de dépenses sur plusieurs années.
Le mécanisme envisagé repose sur une montée progressive des revenus, sans que les modalités précises de financement ne soient détaillées publiquement. Cette absence de visibilité alimente des doutes quant à la soutenabilité budgétaire de la mesure, alors que la Tunisie fait face à un niveau d’endettement élevé et à des équilibres macroéconomiques fragiles. L’annonce de « lignes de financement mobilisées » reste, à ce stade, peu documentée.
Cette orientation soulève également des interrogations sur ses effets économiques. Une hausse généralisée des salaires, dans un contexte de croissance limitée, risque d’alimenter des pressions inflationnistes supplémentaires, sans garantie d’amélioration durable du pouvoir d’achat. Le décalage potentiel entre l’augmentation des revenus nominaux et la dynamique des prix pourrait en limiter l’impact réel pour les ménages.
Le traitement de la question du chômage, évoqué lors de la réunion, illustre cette difficulté à articuler réponses structurelles et annonces politiques. Les appels à des solutions « équitables » et à une simplification administrative traduisent une volonté d’action, mais sans feuille de route détaillée ni instruments clairement identifiés pour relancer durablement l’emploi.
Au-delà de l’affichage social, cette séquence met en évidence une stratégie économique encore largement déclarative. L’accent mis sur les engagements futurs contraste avec l’absence de calendrier opérationnel précis, ce qui nourrit un scepticisme sur la capacité à transformer ces orientations en résultats concrets dans un environnement économique déjà fortement dégradé.
MK/AK/Sf/APA






