Abidjan a accueilli, ce vendredi 27 février 2026, un atelier stratégique co-organisé par l’Agence de promotion de l’inclusion financière (APIF-CI) et l’OIT, en vue d’adapter les services financiers aux réalités du monde rural pour briser le cycle de la pauvreté dans les zones cacaoyères.
Le combat contre le travail des enfants en Côte d’Ivoire prend un nouveau tournant, plus économique et structurel. L’APIF-CI et l’OIT ont réuni les acteurs du secteur financier pour réfléchir à des solutions concrètes destinées à la région de la Nawa, cœur de la production de cacao dans le Sud-Ouest du pays.
Au centre des discussions : le projet ENACTE « Ensemble Agir sur les causes profondes du travail des enfants dans la Région de la Nawa ». Porté par l’OIT, l’Unicef et l’ONU Migration, ce programme vise à réduire la vulnérabilité économique des ménages des communautés rurales.
Cet atelier a permis de sensibiliser et de mobiliser l’ensemble des parties prenantes institutionnelles, de l’écosystème de la microfinance et de la société civile, à une participation active en vue de la réduction des facteurs économiques conduisant au travail des enfants dans la cacao culture.
Le travail des enfants, défini comme toute activité nuisible au développement physique, mental ou moral de l’enfant, demeure une préoccupation majeure en Côte d’Ivoire bien que le pays ait réalisé des progrès notables avec la mise en place d’un Plan d’actions national de lutte contre le travail des enfants.
Cependant, des défis subsistent notamment, la vulnérabilité économique, l’accès limité à la protection sociale, à une éducation de qualité, ainsi que le manque de travail décent pour les adultes et les jeunes en âge de travailler.
Dans ce contexte, l’OIT, l’Unicef et ONU Migration ont mis en place le Projet ENACTE pour « ensemble agir sur les causes profondes du travail des enfants dans la Région de la Nawa au Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire. »
Le projet ENACTE vise à réduire la vulnérabilité économique des ménages cacaoyers, structurer les coopératives comme plateforme de services intégrés, développer des alternatives économiques génératrices de revenus et faciliter l’accès à des services financiers adaptés au monde rural.
Pour Sylvain Konan, coordinateur du projet ENACTE à l’OIT, le diagnostic est clair : « L’une des causes profondes du travail des enfants, c’est la pauvreté. » Il souligne un décalage entre l’offre financière actuelle et les besoins ruraux.
« Les financements disponibles sont souvent réservés aux structures formelles. Ce que nous voulons, c’est tailler des financements à la dimension des communautés rurales pour les aider à réaliser le divorce avec la pauvreté atroce », a-t-il dit.
Le recours au travail des enfants est souvent une stratégie de survie face à des revenus irréguliers et à l’absence de protection sociale en milieu rural. Patrice Brou, directeur par intérim de l’APIF-CI, a insisté sur la nécessité de faire correspondre l’offre bancaire aux besoins réels des producteurs.
« Les producteurs de cacao vivent souvent dans la vulnérabilité : revenus instables, dépendance à l’économie informelle et les fluctuations des prix des cours mondiaux », a-t-il rappelé. L’enjeu est donc d’intégrer ces populations dans un circuit financier formel (épargne, crédit, assurance) pour stabiliser leur situation.
Des progrès notables ont été enregistrés en matière d’inclusion financière ces dernières années, mais des défis persistent. La Côte d’Ivoire affiche des indicateurs encourageants dans le cadre de l’inclusion financière, portés notamment par le succès du Mobile Money.
Le taux d’inclusion financière s’est établi de 58 % en 2024 contre 41 % en 2017. La monnaie électronique, elle, a fait un bond spectaculaire à 84,2 % d’utilisation en 2024, tandis que la bancarisation stricte a doublé en sept ans pour atteindre 33,6 %.
Toutefois, ces chiffres masquent une réalité plus complexe : l’accès effectif au crédit et à l’épargne reste un défi pour les plus vulnérables. Cet atelier marque une étape cruciale pour transformer ces statistiques en un levier de développement durable et de protection de l’enfance dans le monde rural ivoirien.
AP/Sf/APA







