Alors que les accidents de la circulation continuent de provoquer des milliers de victimes chaque année en Algérie, la présentation devant l’Assemblée populaire nationale du projet de réforme du Code de la route par le ministre de l’Intérieur, Said Sayoud, a ravivé une colère diffuse parmi les citoyens.
Loin d’apaiser les inquiétudes, les explications ministérielles ont mis en lumière un décalage persistant entre les discours officiels et le vécu quotidien des automobilistes.
Au cœur des annonces figure le permis à points, présenté depuis des années comme un outil central de responsabilisation des conducteurs. Or, le ministre a reconnu que ce dispositif n’est toujours pas opérationnel et qu’il ne pourrait entrer en vigueur, au mieux, qu’à l’horizon 2026. Pour de nombreux Algériens, ce nouveau report illustre l’incapacité chronique des autorités à concrétiser des réformes pourtant jugées urgentes.
Le permis à points apparaît ainsi moins comme une solution imminente que comme une promesse sans cesse repoussée.
Dans le même temps, le projet de nouveau Code de la route prévoit un durcissement notable des sanctions et des amendes. Said Sayoud assure qu’il ne s’agit pas de « terroriser » les citoyens ni de transformer la sécurité routière en instrument fiscal. Cet argument peine toutefois à convaincre dans un contexte de forte pression sur le pouvoir d’achat. Beaucoup redoutent que les amendes alourdies ne deviennent, de fait, une charge supplémentaire pour des ménages déjà fragilisés, sans garantie tangible d’amélioration de la sécurité.
La colère s’alimente également d’un sentiment d’injustice. Les autorités mettent largement l’accent sur le comportement des conducteurs – excès de vitesse, manœuvres dangereuses, erreurs humaines – tout en reconnaissant que l’état des infrastructures joue un rôle déterminant dans la multiplication des accidents. Routes dégradées, signalisation défaillante, éclairage insuffisant et entretien irrégulier constituent pourtant le quotidien de nombreux axes routiers, y compris sur des infrastructures stratégiques.
Pour beaucoup d’usagers, sanctionner davantage sans traiter sérieusement ces défaillances revient à faire porter l’essentiel de la responsabilité sur les citoyens.
L’exemple des ralentisseurs anarchiques illustre ce malaise. Le ministre a admis que plus de 70 % de ces dispositifs seraient installés hors normes, parfois même sur l’autoroute, en dehors de tout cadre réglementaire. Cette situation révèle un déficit de gouvernance locale et de contrôle de l’espace public, que les sanctions prévues par le nouveau Code ne suffiront pas à corriger.
Au-delà des mesures techniques, la réforme du Code de la route met en lumière une crise de confiance plus profonde. De nombreux Algériens perçoivent ces annonces comme une réponse partielle, centrée sur la répression, à un problème systémique mêlant infrastructures défaillantes, absence de prévention efficace et retards institutionnels. Dans ce contexte, la sécurité routière apparaît moins comme une priorité nationale pleinement assumée que comme un dossier géré dans l’urgence, au risque d’alimenter davantage la défiance et la frustration sociales.
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