Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) égyptien dresse, dans son 18ᵉ rapport annuel, un état des lieux nuancé des droits humains.
Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) a présenté, le 14 décembre au Caire, son 18ᵉ rapport annuel couvrant la période allant du 1er juillet 2024 au 30 juin 2025, saluant certaines réformes institutionnelles tout en pointant des défis persistants, notamment en matière de libertés publiques et de garanties judiciaires. Dans un contexte marqué par des pressions sécuritaires, économiques et sociales, le président du CNDH, l’ambassadeur Mahmoud Karem, a affirmé que « les droits de l’homme restent la véritable boussole de tout progrès durable », soulignant que le rapport vise à renforcer la transparence, le droit à l’information et le dialogue autour des libertés fondamentales.
Fondé sur la Constitution égyptienne et les engagements internationaux du pays, le rapport dresse un panorama détaillé de la situation des droits humains. Il met en avant une évolution perceptible du discours officiel et des politiques publiques, illustrée par un engagement accru auprès des mécanismes internationaux, notamment l’Examen périodique universel (EPU).
Le CNDH estime toutefois que la crédibilité de ces engagements dépend avant tout de leur traduction concrète dans la vie quotidienne des citoyens.
S’agissant des droits civils et politiques, le rapport souligne des avancées institutionnelles, telles que la poursuite des libérations de détenus par décisions présidentielles et un élargissement relatif du dialogue sur les affaires publiques.
Ces évolutions positives coexistent néanmoins avec des préoccupations persistantes, en particulier le recours prolongé à la détention provisoire dans certaines affaires et les décès signalés dans les lieux de détention. Le Conseil appelle à un renforcement des garanties juridiques, du contrôle judiciaire et de l’accès aux soins de santé en milieu carcéral.
La liberté d’expression occupe une place centrale dans l’analyse. Le rapport note une baisse relative du nombre de poursuites et de détentions liées à l’expression et à la publication, tout en relevant la persistance de contraintes structurelles dans l’environnement médiatique.
L’absence d’une loi globale sur l’accès à l’information et la poursuite de procédures visant des journalistes demeurent des points de vigilance. Dans ce cadre, le CNDH met en avant une décision qualifiée d’« historique » de la Haute Cour constitutionnelle, affirmant que la critique des affaires publiques constitue un droit fondamental protégé.
Le rapport consacre également un large volet aux droits économiques, sociaux et culturels, affectés par les pressions économiques mondiales. Il salue les efforts de l’État pour étendre les programmes de protection sociale, relever le salaire minimum et adopter des lois clés en matière de sécurité sociale et de droit du travail. Le Conseil estime cependant que ces mesures doivent s’inscrire dans des politiques plus intégrées afin de réduire les disparités régionales et de mieux cibler les populations vulnérables.
Les secteurs de la santé et de l’éducation font l’objet d’une analyse similaire. Le rapport reconnaît des avancées, notamment en matière de dépistage, d’assurance maladie et de transformation numérique, tout en soulignant des inégalités persistantes dans la qualité des services, le manque de personnel médical dans certaines régions et les écarts entre zones urbaines et rurales.
Sur le plan législatif, le CNDH analyse plusieurs textes majeurs, dont la nouvelle loi de procédure pénale et la loi régissant l’asile des étrangers, présentées comme un tournant législatif. Il insiste sur le fait que l’impact réel de ces réformes dépendra de leur mise en œuvre effective. Le rôle du pouvoir judiciaire est également mis en avant à travers plusieurs décisions de la Haute Cour constitutionnelle et d’autres juridictions supérieures, contribuant, selon le Conseil, au renforcement de l’État de droit.
MK/Sf/APA







