Un enlèvement survenu dans la cité Ighzer Ouzarif, à l’ouest de Béjaïa, a ravivé les inquiétudes sur la dégradation du climat sécuritaire dans certaines zones urbaines en expansion. L’affaire, liée à des réseaux de trafic de psychotropes, a provoqué une onde de choc locale et relancé le débat sur la protection des populations les plus vulnérables, en particulier les jeunes.
Selon des éléments communiqués par les services de sécurité, la victime a été retrouvée après plusieurs jours de séquestration à la suite de signalements concordants de riverains et d’une intervention de la Gendarmerie nationale. Des interpellations ont eu lieu, dont celle d’au moins un mineur, révélant l’implication croissante de profils très jeunes dans des circuits criminels qui gagnent en visibilité.
Au-delà du fait divers, l’épisode illustre une dynamique préoccupante à Béjaïa : le trafic de drogue ne se cantonne plus à des réseaux discrets, mais s’insère dans le quotidien de quartiers densément peuplés. Familles et associations locales évoquent une banalisation de la violence et une exposition accrue des mineurs, à la fois comme cibles et comme rouages de réseaux illicites.
La cité Ighzer Ouzarif, majoritairement composée de logements AADL et sociaux, concentre ces fragilités. Avec une population estimée à près de 50 000 habitants, elle souffre d’un déficit d’équipements de proximité. Des acteurs associatifs alertent depuis des mois sur l’absence de structures d’encadrement, le manque d’éclairage dans certaines zones et l’insuffisance d’une présence sécuritaire permanente.
Cette situation renvoie à un problème plus large d’aménagement urbain. Dans plusieurs villes algériennes, de grands ensembles résidentiels ont été livrés sans infrastructures essentielles pleinement opérationnelles. L’absence de postes de police ou de brigades dédiées crée des vides institutionnels que des réseaux criminels exploitent, compliquant le travail des forces de l’ordre, souvent contraintes d’intervenir a posteriori.
L’affaire de Béjaïa pose ainsi la question d’une réponse globale. Le renforcement de la présence sécuritaire apparaît nécessaire, mais insuffisant sans une politique cohérente de prévention, d’équipements publics et d’encadrement de la jeunesse. À défaut, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets, laissant des quartiers entiers exposés à des dérives évitables.
MK/AK/Sf/APA






