La pomme de terre se fait rare sur plusieurs marchés algériens, malgré l’encadrement de son prix depuis début octobre. Entre difficultés d’approvisionnement, déstockage et attente des nouvelles récoltes, les tensions autour de ce produit courant mettent à l’épreuve la régulation du marché en Algérie.
Pour les consommateurs, le problème dépasse désormais le montant à payer : encore faut-il trouver le produit. Des difficultés d’approvisionnement sont rapportées dans plusieurs localités, avec des prix atteignant parfois 150 dinars le kilogramme, soit environ 0,99 euro, contre un plafond annoncé de 90 dinars, soit 0,59 euro, au détail. Ces niveaux restent des observations locales et ne constituent pas une moyenne nationale.
Début octobre, les autorités avaient fixé une fourchette de 60 à 70 dinars à la production, soit environ 0,39 à 0,46 euro, et de 80 à 90 dinars chez les détaillants, soit 0,53 à 0,59 euro. L’objectif était de contenir la hausse d’un aliment largement consommé. Plus d’un mois après, les ruptures signalées et les dépassements de prix montrent les difficultés d’application de cette mesure.
La situation varie toutefois selon les régions. À Mascara, le directeur des services agricoles, Benaoumer Sellam, a assuré le 4 novembre que des quantités abondantes étaient disponibles, notamment sur les marchés de gros de Tighennif et de Sidi Abdelmoumen. Ce constat invite à distinguer les tensions locales d’une pénurie uniforme à l’échelle du pays.
Pour renforcer l’approvisionnement, des opérations de sortie des stocks ont été engagées à Aïn Defla, Médéa, Boumerdès et Bouira. La direction du commerce d’Ouled Djellal a notamment invité les opérateurs à se rapprocher de ses services pour identifier les chambres froides concernées. Ces réserves avaient précisément été constituées pour soutenir l’offre durant les périodes de tension.
Le calendrier agricole apporte une partie de l’explication. Entre deux campagnes, les livraisons dépendent davantage des produits conservés en entrepôt. Mais cette transition saisonnière pose aussi la question de l’efficacité du stockage et de l’acheminement vers les zones déficitaires. L’existence de récoltes ou de réserves ne garantit pas, à elle seule, leur disponibilité régulière chez les commerçants.
Les pouvoirs publics mettent, de leur côté, l’accent sur la lutte contre la spéculation. Le Premier ministre Sifi Ghrieb a annoncé un durcissement de l’action contre les pratiques portant atteinte à l’approvisionnement et au panier des ménages. Ces mises en garde ne permettent cependant pas d’attribuer toutes les ruptures à une cause unique.
L’attente se concentre désormais sur les arrivages d’El Oued. Lors d’un meeting tenu samedi à Constantine, le secrétaire général du Rassemblement national démocratique, Monder Bouden, a annoncé une amélioration attendue dans une quinzaine de jours avec la récolte de cette région. Il a également fait état d’un approvisionnement du marché à hauteur de 7.000 tonnes par semaine à partir des stocks nationaux. Ces annonces restent à confronter à l’évolution effective des livraisons.
Au-delà du retour annoncé des nouvelles récoltes, l’enjeu sera de réduire la répétition de ces tensions. Pour les ménages, l’efficacité de la régulation se mesurera à deux résultats concrets : une pomme de terre disponible près de chez eux et un prix effectivement conforme aux engagements publics.
AK/APA





