La Tunisie a réaffirmé vendredi sa volonté de revoir le cadre régissant ses relations avec l’Union européenne, estimant que l’Accord d’association signé en 1995 ne répond plus pleinement aux nouvelles réalités économiques, technologiques et géopolitiques.
À l’occasion de la Journée de l’Europe organisée par la délégation de l’Union européenne à Tunis, le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a défendu une relation «historique» avec l’UE, tout en appelant à une évolution du partenariat vers davantage «d’équilibre» et de prise en compte des «priorités nationales» ainsi que des «choix souverains» des partenaires.
Le chef de la diplomatie tunisienne a insisté sur la nécessité de réexaminer l’Accord d’association conclu en juillet 1995 et entré en vigueur en 1998. Premier pays du sud de la Méditerranée à signer un tel accord avec Bruxelles, la Tunisie dispose depuis de la principale base juridique encadrant sa coopération économique, commerciale et politique avec l’Union européenne.
Cette relation s’est construite progressivement depuis l’indépendance tunisienne en 1956, avec un premier accord commercial conclu en 1969 puis un accord de coopération élargi en 1976. Le partenariat s’est ensuite renforcé à travers le processus euro-méditerranéen de Barcelone et l’Union pour la Méditerranée, dont Tunis demeure un acteur actif.
Selon les données officielles liées à l’Aleca, l’Accord d’association a permis la création d’une zone de libre-échange pour les produits industriels manufacturés, avec un démantèlement tarifaire progressif appliqué entre 1996 et 2008. Les exportations industrielles tunisiennes vers l’UE bénéficient d’un accès sans droits de douane, tandis que les entreprises locales ont profité de programmes européens de mise à niveau financés notamment dans le cadre du programme MEDA puis de l’Instrument européen de voisinage.
L’Union européenne demeure aujourd’hui le premier partenaire commercial de la Tunisie. Cette centralité économique intervient toutefois dans un contexte de fortes pressions sur l’économie tunisienne, marquée par des besoins de financement élevés, un chômage persistant et des tensions sociales récurrentes.
Les autorités tunisiennes estiment désormais que le cadre actuel reste insuffisamment adapté aux mutations intervenues depuis trente ans. Tunis souhaite notamment intégrer davantage les enjeux liés au numérique, à l’innovation, à la transition énergétique, à la sécurité alimentaire et aux nouvelles chaînes de valeur internationales.
Cette demande de rééquilibrage intervient également dans un climat régional marqué par une redéfinition des rapports entre l’Europe et ses voisins méditerranéens, sur fond de pressions migratoires, de rivalités géopolitiques et de diversification des partenariats économiques vers d’autres pôles internationaux, notamment en Afrique, dans le Golfe et en Asie.
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