Des milliers de réfugiés maliens installés dans la région du Hodh el Chargui, dans le sud-est de la Mauritanie, vivent dans des conditions humanitaires préoccupantes, marquées par les difficultés d’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins de santé, selon Médecins Sans Frontières (MSF).
Dans un communiqué publié le 9 octobre 2026, l’organisation humanitaire MSF alerte sur la situation des populations ayant fui les violences armées dans le nord et le centre du Mali, dont une grande partie vit dans des sites informels dispersés le long de la frontière entre les deux pays. Notamment dans le Hodh el Chargui.
Depuis les années 1990, les différentes crises sécuritaires au Mali entraînent des déplacements de populations vers la Mauritanie. La reprise des combats en 2023 entre les forces armées maliennes, leurs partenaires russes et des groupes armés, dont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou JNIM), a provoqué de nouveaux départs massifs.
Selon MSF, de nombreux réfugiés ont quitté précipitamment leurs villages, abandonnant leurs biens et leurs moyens de subsistance.
La majorité des nouveaux arrivants ne s’installe plus dans le camp de Mbera, près de Bassikounou, dont les capacités d’accueil sont limitées. Ils sont plutôt orientés vers les communautés locales, où ils vivent souvent dans des campements dépourvus d’infrastructures essentielles.
« L’offre médicale était déjà insuffisante pour la population locale, et la nouvelle vague de réfugiés a créé une véritable crise sanitaire », explique la docteure Isabelle Manguet-Youla, membre des équipes de MSF.
L’organisation, qui a repris ses activités dans le Hodh el Chargui à la fin de l’année 2024, intervient à travers des cliniques mobiles et en appui aux structures sanitaires du ministère mauritanien de la Santé.
Les consultations permettent notamment de prendre en charge des cas de malnutrition, d’anémie et de maladies chroniques, dont le diabète et l’hypertension. La continuité des traitements reste toutefois difficile en raison de l’éloignement des centres de santé et des conditions de conservation des médicaments dans les campements sans électricité.
L’accès à l’eau constitue également une préoccupation majeure. Dans plusieurs sites informels, les réfugiés doivent parcourir plusieurs kilomètres à pied ou en charrette pour s’approvisionner. Les forages disponibles sont insuffisants et certains sont régulièrement hors service.
La situation se dégrade davantage pendant la saison sèche, particulièrement entre avril et juin, lorsque les températures peuvent dépasser 48 degrés Celsius.
Au-delà des difficultés matérielles, les réfugiés restent profondément affectés par les violences subies au Mali.
MSF indique que des civils blessés franchissent régulièrement la frontière mauritanienne pour recevoir des soins médicaux. À la mi-septembre 2026, trois femmes et un homme blessés lors d’une frappe de drone ont été admis au centre de santé d’Aghor, soutenu par l’organisation.
L’étude menée par Epicentre, la structure de recherche épidémiologique de MSF, fait état d’une exposition importante des réfugiés à des violences extrêmes, notamment des exécutions, des enlèvements, des tortures, des pillages et des violences sexuelles.
Les personnes interrogées, originaires notamment des régions de Tombouctou, Ségou et Koulikoro, ont rapporté des violences vécues ou observées avant et pendant leur déplacement vers la Mauritanie.
Selon les équipes médicales, ces expériences continuent d’affecter la santé physique et psychologique des survivants, alors que leurs conditions de vie précaires compliquent leur rétablissement.
Les femmes et les enfants représentent 83 % des nouveaux arrivants, selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) citées par MSF.
Les violences sexuelles demeurent cependant difficiles à documenter en raison des normes socioculturelles et de la stigmatisation des victimes.
« Certaines des femmes que nous voyons en consultation disent avoir vécu des choses terribles, mais les normes socioculturelles les empêchent de parler de viol », explique Sylvie Mbairo, responsable des activités de santé mentale de MSF en Mauritanie.
La crainte du rejet familial et communautaire constitue un obstacle supplémentaire à la prise en charge des survivantes. Face à cette situation, MSF souligne l’importance de développer des services de santé adaptés, confidentiels et accessibles aux personnes victimes de violences.
Les besoins en santé mentale restent également importants dans la région. Les réfugiés souffrent notamment de troubles dépressifs, d’anxiété et de traumatismes liés aux violences, à la perte de proches et aux conditions de vie difficiles.
MSF reçoit en moyenne six nouveaux patients par semaine pour un suivi psychosocial dans les centres où l’organisation intervient. Ce chiffre ne reflète toutefois qu’une partie des besoins, compte tenu de la dispersion des populations et des difficultés à identifier les personnes nécessitant un accompagnement.
La région du Hodh el Chargui ne compte qu’un seul psychiatre, selon l’organisation humanitaire. Pour améliorer l’accès aux soins, MSF forme du personnel médical non spécialisé à la prise en charge de certains troubles psychiques et déploie des agents de santé mentale dans quatre centres de santé proches de la frontière malienne.
L’organisation estime que le renforcement des services de santé mentale est essentiel pour accompagner les survivants et favoriser leur reconstruction.
La concentration de l’aide autour du camp de Mbera laisse de nombreuses familles installées dans les sites informels confrontées à des difficultés persistantes d’accès à l’eau, à l’alimentation et aux soins.
MSF souligne la nécessité de renforcer l’assistance destinée aux réfugiés tout en soutenant les communautés mauritaniennes d’accueil, elles-mêmes confrontées à la pression sur les ressources et les services essentiels.
L’amélioration des infrastructures hydrauliques, le renforcement des structures sanitaires et le développement des dispositifs de protection et de soutien psychologique figurent parmi les besoins prioritaires identifiés par l’organisation.
Pour les réfugiés maliens, la traversée de la frontière ne marque ainsi que le début d’un long processus de reconstruction, dans un contexte où la sécurité retrouvée reste fragilisée par la pauvreté et l’insuffisance de l’aide humanitaire.
TE/Sf/APA





