Malgré une croissance apparente de ses principaux agrégats, le système bancaire tunisien demeure fragilisé par une forte exposition au risque souverain, une dégradation de la qualité du crédit et des déséquilibres structurels, selon le dernier rapport de BMI–Fitch Solutions.
Le secteur bancaire tunisien affiche, en apparence, des indicateurs de croissance qui pourraient suggérer une certaine résilience. Les actifs bancaires ont atteint près de 191 milliards de dinars en 2025, soit plus de 109 % du produit intérieur brut, avec une trajectoire projetée à la hausse sur la prochaine décennie, selon le Tunisia Banking Report publié par BMI–Fitch Solutions. Cette évolution intervient toutefois dans un contexte économique national marqué par une croissance faible et des tensions budgétaires persistantes.
À l’examen, cette expansion des bilans ne traduit pas un dynamisme de l’investissement privé ni une reprise de l’économie réelle. Elle repose principalement sur une dépendance accrue des banques à la dette souveraine. En dix ans, la part des crédits accordés au secteur public est passée de 9,1 % à près de 22 % du total des prêts. Sur les neuf premiers mois de 2025, les financements au secteur public ont progressé de plus de 30 % en glissement annuel, contre environ 3 % pour le secteur privé, illustrant un phénomène de captation de la liquidité par l’État.
Cette orientation a des effets directs sur le financement de l’économie. Le rapport souligne que les banques privilégient les titres et prêts souverains, au détriment des entreprises, dans un environnement perçu comme risqué et marqué par une forte intervention publique. Cette situation contribue à freiner l’investissement productif et à limiter les perspectives de croissance à moyen terme.
Parallèlement, la qualité des actifs bancaires demeure préoccupante. Le taux de créances douteuses avoisine 14,7 % en 2025, plaçant la Tunisie parmi les pays les plus exposés de la région MENA. Trois des sept principales banques affichent des ratios de prêts non performants supérieurs à 10 %, un niveau que BMI–Fitch qualifie de structurel plutôt que conjoncturel. Cette fragilité est accentuée par des mesures publiques imposant aux banques des restructurations de dettes et des ajustements de taux, transférant une partie du risque vers leurs bilans.
Les tensions de liquidité constituent un autre facteur de vulnérabilité. Le ratio prêts/dépôts dépasse 155 % en 2025, l’un des niveaux les plus élevés de la région, traduisant un recours important à des ressources non stables. Bien que les projections anticipent une légère amélioration, ce ratio resterait supérieur à 150 % à l’horizon 2030, exposant le secteur à des chocs potentiels.
MK/AK/Sf/APA







