Kais Saïed plaide pour un partenariat plus équilibré, entre volontarisme affiché et incertitudes pratiques, visant notamment à réviser l’accord avec l’UE et à récupérer les fonds spoliés, tout en soulignant la volonté tunisienne de réaffirmer sa souveraineté et sa justice économique.
Le président tunisien Kaïs Saïed a reçu un appel téléphonique de son homologue français Emmanuel Macron le 20 mars, à l’occasion du 70ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Tunisie. Au cœur des discussions, la révision de l’accord de partenariat avec l’Union européenne, que le chef de l’État tunisien juge « injuste » et nécessitant un nouvel équilibre, ainsi que la récupération des fonds spoliés à la Tunisie, restés jusqu’ici sans résultats tangibles.
Si ces positions affichent un volontarisme diplomatique fort, elles mettent en lumière des limites concrètes. Les mécanismes de révision des accords internationaux et de restitution de capitaux spoliés sont complexes et dépendent largement des procédures juridiques et politiques des pays partenaires, ce qui risque de ralentir toute mise en œuvre effective. L’assertion d’un droit absolu du peuple tunisien, bien que symbolique, se heurte à des réalités institutionnelles internationales souvent peu réactives.
La question migratoire, également évoquée, illustre un autre déséquilibre structurel. Kaïs Saïed insiste sur le retour volontaire des migrants irréguliers et dénonce un système économique mondial « injuste », ainsi que l’action de réseaux criminels. L’argumentaire met en lumière la position ambivalente de la Tunisie : victime de pressions externes et contrainte de gérer des flux migratoires dont elle n’est ni la source ni l’instigatrice, tout en étant invitée à assumer un rôle opérationnel et sécuritaire complexe.
Sur le plan géopolitique, les échanges s’inscrivent dans une rhétorique globale ambitieuse, évoquant un nouvel ordre international, la nécessité d’une « nouvelle philosophie des Lumières » et la fin des injustices, notamment vis-à-vis du peuple palestinien. Ces déclarations relèvent davantage du registre symbolique et moral que d’engagements opérationnels concrets, reflétant une diplomatie tournée vers l’affichage d’idées fortes plutôt que vers la production immédiate de résultats tangibles.
Au final, l’appel de Saïed à réviser l’accord avec l’UE et à récupérer les fonds spoliés souligne la volonté tunisienne de réaffirmer sa souveraineté et sa justice économique. Mais derrière ce volontarisme, subsistent des incertitudes pratiques importantes. Entre ambitions affichées et capacité réelle de négociation, le discours met en évidence un contraste récurrent : la Tunisie projette une posture forte, mais la concrétisation sur le terrain reste encore largement incertaine.
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