La Commission des Nations Unies sur les droits de l’homme au Soudan du Sud a appelé jeudi les autorités à protéger les civils et à instaurer un dialogue politique inclusif avant les élections prévues en décembre.
La Commission des Nations Unies sur les droits de l’homme au Soudan du Sud a dénoncé, à l’issue de sa quatorzième mission d’enquête dans le pays en dix ans, la persistance des violences, les tensions politiques, la réduction de l’espace civique, la corruption et l’impunité.
Au terme d’une mission de quatre jours, les enquêteurs indépendants ont appelé les autorités sud-soudanaises à prendre des mesures urgentes pour protéger les civils, garantir l’accès de l’aide humanitaire aux populations vulnérables et créer les conditions d’un dialogue politique véritablement inclusif avant le scrutin de décembre.
La présidente de la Commission, Yasmin Sooka, s’est notamment rendue dans l’Etat de Jonglei, dans le nord du pays, où elle a rencontré des survivants des récents combats.
Les témoignages recueillis font état de violences sexuelles, de meurtres, de déplacements forcés et de séparations familiales. Plusieurs survivants ont également indiqué être restés sans accès aux soins médicaux, au soutien psychosocial et à d’autres services essentiels.
« La situation a peu évolué, alors que le coût humain continue de s’alourdir », a déclaré Mme Sooka, estimant que les populations sud-soudanaises continuent de subir les conséquences de la violence, des déplacements et de l’insécurité.
Indépendant depuis juillet 2011, le Soudan du Sud reste confronté aux séquelles de la guerre civile déclenchée en 2013 par une lutte de pouvoir entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar. Malgré l’accord de paix revitalisé signé en 2018, les violences et les tensions persistent.
L’aide humanitaire menacée
La Commission s’est également inquiétée de la multiplication des meurtres, des déplacements de populations et des attaques contre les civils, ainsi que des entraves aux opérations humanitaires.
Elle a notamment condamné l’attaque récente contre une patrouille de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) dans l’Etat de Jonglei, qui a fait deux Casques bleus tués et plusieurs blessés. Elle demande qu’une enquête soit menée et que les responsables soient traduits en justice.
Dans un contexte marqué par d’importants besoins humanitaires et un financement insuffisant, la Commission souligne la nécessité de préserver le soutien aux opérations humanitaires et à la MINUSS.
Des élections à haut risque
La mission intervient alors que le Soudan du Sud prépare les élections prévues en décembre, qui doivent être les premières depuis l’indépendance du pays.
La Commission estime que des élections organisées sans garanties suffisantes, notamment en matière de dialogue politique inclusif, pourraient raviver le conflit et accroître le risque de nouvelles atrocités.
Selon Barney Afako, membre de la Commission, « l’espace politique et civique s’est réduit », tandis que plusieurs garanties nécessaires à la tenue d’élections pacifiques et crédibles font encore défaut.
La Commission appelle ainsi à un dialogue politique « véritable et inclusif », associant notamment le Mouvement populaire de libération du Soudan dans l’opposition (SPLM-IO) de Riek Machar, les groupes réfractaires, la société civile, les femmes et les jeunes.
La corruption, un facteur d’impunité
La corruption demeure également, selon les enquêteurs, un obstacle majeur à la paix et à la sécurité.
Carlos Castresana Fernández, membre de la Commission, a relevé le faible niveau de progrès dans la lutte contre la corruption, le détournement et la mauvaise allocation des ressources publiques.
Il a également dénoncé la faiblesse des institutions judiciaires et le manque de ressources qui, selon lui, favorisent l’impunité des auteurs de graves violations des droits humains.
Pour la Commission, des avancées concrètes en matière de justice, de protection des civils et de dialogue politique sont indispensables pour éviter que le processus électoral ne devienne une nouvelle source d’instabilité au Soudan du Sud.
TE/APA





