Le discours tenu par Le Caire sur la sécurité de la mer Rouge traduit une volonté croissante de verrouiller les équilibres géopolitiques dans la Corne de l’Afrique, alors que les rivalités internationales autour des corridors maritimes et des infrastructures portuaires s’intensifient dans la région.
En visite officielle à Asmara, le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty a affirmé que « la sécurité de la Mer Rouge relève exclusivement de la responsabilité des États riverains », rejetant explicitement toute implication d’acteurs extérieurs dans les équilibres sécuritaires régionaux.
Cette déclaration, formulée devant le président érythréen Isaias Afwerki et le chef de la diplomatie Osman Saleh, illustre le durcissement progressif de la doctrine égyptienne dans la Corne de l’Afrique.
Derrière cette rhétorique de souveraineté régionale, Le Caire cherche surtout à contenir la multiplication des influences étrangères dans un espace devenu central pour le commerce mondial et les routes énergétiques.
La mer Rouge concentre désormais des intérêts sécuritaires, militaires et logistiques impliquant plusieurs puissances régionales et internationales, tandis que les tensions au Soudan, en Somalie et au Yémen renforcent la fragilité stratégique de l’ensemble du corridor.
Le message adressé par l’Égypte vise implicitement plusieurs acteurs non africains ayant renforcé leur présence dans les ports, les infrastructures et les dispositifs sécuritaires de la région ces dernières années.
Badr Abdelatty a insisté sur le refus égyptien de voir des « acteurs non riverains » jouer un rôle sécuritaire dans la Corne de l’Afrique, traduisant les inquiétudes croissantes du Caire face à l’évolution des rapports de force autour de la mer Rouge.
Cette posture intervient également dans un contexte où l’Égypte tente de consolider son influence régionale alors que plusieurs foyers de tension fragilisent son environnement stratégique immédiat. Le conflit soudanais, les rivalités autour du Nil, les recompositions sécuritaires en Somalie ainsi que les perturbations maritimes liées à la guerre au Moyen-Orient accentuent la pression sur les intérêts égyptiens dans la région.
Au-delà du volet sécuritaire, la visite à Asmara révèle aussi une offensive économique plus large. L’Égypte et l’Érythrée ont signé un accord de coopération maritime prévoyant notamment une ligne de fret entre les ports des deux pays via la mer Rouge.
Le Caire cherche ainsi à renforcer sa profondeur logistique et commerciale dans la région tout en consolidant des partenariats économiques dans les secteurs des transports, des mines, de la pêche et des infrastructures.
MK/AK/Sf/APA






