Après avoir contenu la poussée inflationniste provoquée par les crises mondiales, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) entend désormais faire de la stabilité des prix un levier de croissance durable et de modernisation du système financier régional.
À l’occasion de la présentation de son rapport annuel 2025, ce mercredi à Dakar, le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou a mis en avant une stratégie de modernisation de l’institution reposant sur trois piliers : préserver la stabilité monétaire, renforcer la solidité du secteur bancaire et accélérer l’inclusion financière grâce à l’innovation.
Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, la fragmentation du commerce mondial, la volatilité des marchés financiers ainsi que les défis sécuritaires et climatiques auxquels reste confrontée l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le gouverneur a estimé que l’institution avait franchi « une étape décisive » en 2025. Selon lui, les économies de l’Union ont fait preuve d’une résilience remarquable, soutenue par le renforcement des fondamentaux macroéconomiques.
Cette dynamique s’est traduite par une croissance économique de 6,7 % en 2025, contre 6,2 % un an plus tôt. Dans le même temps, l’inflation moyenne est restée limitée à 3,5 %, poursuivant son recul après le pic de 8,8 % enregistré en août 2022. La BCEAO souligne également l’amélioration des comptes extérieurs de l’Union, favorisée par la progression des exportations de matières premières, de l’or et des hydrocarbures, qui a contribué au renforcement de la stabilité macroéconomique.
Une politique monétaire plus favorable au financement
Après avoir relevé progressivement son principal taux directeur de 2 % à 3,5 % entre 2022 et 2024 afin de contenir les pressions inflationnistes, la Banque centrale a amorcé un assouplissement de sa politique monétaire. Le reflux durable de l’inflation lui a permis d’abaisser ce taux à 3,25 % à compter du 6 février 2025.
Cette décision vise à soutenir davantage l’investissement privé et l’activité économique. Selon la BCEAO, les crédits accordés au secteur privé ont progressé d’environ 6 %, traduisant une amélioration des conditions de financement tout en maintenant l’objectif prioritaire de stabilité des prix.
Un secteur bancaire renforcé
La consolidation de la stabilité financière constitue le deuxième axe majeur de la stratégie de la Banque centrale. Parmi les principales réformes engagées figure le relèvement du capital social minimum des banques, passé de 10 à 20 milliards de FCFA, afin d’accroître leur capacité de financement de l’économie et leur résilience face aux risques.
La BCEAO a également poursuivi la modernisation du cadre réglementaire applicable aux établissements de crédit et aux systèmes financiers décentralisés. Parallèlement, elle a intensifié les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive, tandis que la Commission bancaire de l’UEMOA a renforcé ses missions de supervision prudentielle.
L’innovation au cœur de l’inclusion financière
La Banque centrale entend également accélérer la transformation numérique des services financiers. À cette fin, elle a adopté la Stratégie régionale d’inclusion financière 2025-2030, qui ambitionne de porter à 90 % le taux d’accès des populations aux services financiers dans l’ensemble de l’Union.
Pour accompagner cette évolution, la BCEAO a créé un laboratoire d’innovation financière chargé d’expérimenter de nouveaux services numériques. Elle a aussi mis en service un système régional de paiement instantané interopérable, permettant des transferts en temps réel entre banques, établissements financiers et opérateurs de paiement, avec des coûts réduits et une meilleure accessibilité pour les usagers.
Une Banque centrale en pleine mutation
Au-delà de ses missions traditionnelles, la BCEAO poursuit sa propre transformation institutionnelle. Le gouverneur a évoqué l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans certaines activités de la Banque, la modernisation de son réseau d’agences ainsi que le renforcement de ses infrastructures numériques afin d’améliorer la qualité des services rendus aux États, aux institutions financières et aux populations.
À travers cette feuille de route, la Banque centrale affiche une ambition claire : transformer les acquis obtenus dans la lutte contre l’inflation en un moteur durable de croissance, d’investissement et de développement du secteur financier. L’objectif est de consolider la confiance dans le franc CFA, de renforcer la résilience des économies de l’UEMOA et d’accompagner la transformation économique de l’Union dans un contexte mondial toujours incertain.
TE/Sf/APA







