Le Premier ministre sénégalais a fixé l’objectif d’atteindre un million d’adhérents actifs de PASTEF d’ici fin 2026 et annoncé des projets de mémorial et de panthéon pour honorer les victimes des violences politiques de 2021-2024, tout en promettant que justice sera rendue aux familles endeuillées.
Le Premier ministre sénégalais et président du parti PASTEF, Ousmane Sonko, a lancé dimanche un appel à la mobilisation de sa base militante, lors d’une cérémonie organisée à Dakar en hommage aux victimes des manifestations politiques de la période 2021-2024.
S’adressant aux familles endeuillées, aux ex-détenus politiques et aux blessés, M. Sonko a déclaré que « le plus grand danger aujourd’hui n’est plus la répression d’hier, c’est l’oubli », lançant ce qu’il a qualifié d’« ordre du devoir sacré » pour protéger la Révolution du 24 mars.
Le chef du gouvernement a fixé des objectifs ambitieux pour son parti : atteindre un million d’adhérents actifs d’ici fin 2026 et revitaliser au moins 10 000 cellules de PASTEF et de vigilance citoyenne à travers le pays.
« Vos enfants ne sont pas morts pour rien », a-t-il déclaré aux familles des victimes, promettant que « la justice, la vraie, viendra » et que l’État veillera à ce que « les responsabilités soient établies et que chaque dossier soit élucidé ».
M. Sonko a révélé avoir reçu deux propositions pour perpétuer la mémoire des victimes : l’érection d’un mémorial et l’édification d’un panthéon de la démocratie sénégalaise, qu’il a qualifié d’« acte fondateur » pour affirmer que « notre République ne tolérera jamais plus que des citoyens tombent pour avoir simplement exprimé leurs convictions ».
Le Premier ministre a également appelé les militants de PASTEF à redynamiser les actions sociales du parti, notamment les dons de sang, le nettoyage des places publiques et le soutien scolaire gratuit, insistant sur la nécessité de rester « auprès et au service des populations ».
« Je ne suis pas votre chef, je suis votre mandataire », a-t-il déclaré, soulignant que sa position de Premier ministre résultait du choix du peuple sénégalais.
Évoquant son parcours, l’ancien Inspecteur des Impôts et Domaines a rappelé les épreuves traversées par son mouvement : dissolutions, arrestations, emprisonnements et diffamations. « En emprisonnant nos corps, ils ont libéré nos consciences », a-t-il affirmé.
M. Sonko a conclu son discours par un serment solennel : « Nous n’échouerons pas. Nous ne faiblirons pas. Nous ne vous trahirons jamais », promettant de construire « un Sénégal souverain, juste et prospère ».
Empêché de participer à l’élection présidentielle de 2024, M. Sonko avait désigné le secrétaire général de PASTEF, Bassirou Diomaye Faye, comme candidat. Ce dernier a remporté le scrutin en mars 2024 face au candidat du parti au pouvoir, Benno Bokk Yaakaar, l’ancien Premier ministre Amadou Bâ.
La journée dédiée aux martyrs s’inscrit dans le cadre de la commémoration des victimes des troubles politiques qui ont marqué le Sénégal entre 2021 et 2024, période caractérisée par d’intenses manifestations et une répression qui a fait plusieurs morts et blessés.
Entre 2021 et 2024, le Sénégal a été secoué par une série de manifestations déclenchées par les démêlés judiciaires d’Ousmane Sonko, alors principal opposant au président Macky Sall. En mars 2021, son arrestation dans le cadre d’une accusation de viol portée par une employée d’un salon de beauté avait provoqué les heurts les plus graves qu’avait connus le pays depuis des années.
Selon Amnesty International et d’autres organisations de la société civile, au moins 65 personnes ont été tuées durant cette période, la majorité par arme à feu, et au moins 1 000 autres blessées. Les manifestations se sont poursuivies en juin 2023 après la condamnation de M. Sonko pour « corruption de la jeunesse », puis en février 2024 suite au report de l’élection présidentielle.
En mars 2024, l’Assemblée nationale a adopté une loi d’amnistie couvrant les infractions liées aux manifestations entre 2021 et 2024, ce qui a permis la libération d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye. Cette loi, dénoncée par les ONG comme niant justice aux familles des victimes, devrait être abrogée selon l’annonce faite par M. Sonko devant l’Assemblée nationale le 27 décembre dernier.
AC/Sf/APA







