L’ONU alerte sur une détérioration rapide de la situation humanitaire au Sud-Kivu, où les combats entre le M23, appuyé par l’armée rwandaise, et les forces congolaises soutenues par les Wazalendo ont provoqué plus de 200 000 déplacements et aggravé une crise déjà critique.
La situation humanitaire se détériore brutalement dans la province du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), en raison d’intenses combats observés depuis une semaine dans les territoires d’Uvira, Walungu, Mwenga, Shabunda, Kabare, Fizi et Kalehe, a alerté mercredi l’Organisation des Nations Unies (ONU). Plus de 200 000 personnes ont fui leurs localités tandis qu’au moins 70 civils ont été tués, a indiqué Farhan Haq, porte-parole adjoint du Secrétaire général.
Les familles déplacées, souvent entassées dans des sites surpeuplés, sont confrontées à des risques accrus liés à la protection et aux épidémies. Selon Radio Okapi, des éléments du M23 ont été repérés mercredi à Uvira, marquant une nouvelle avancée du groupe armé près d’un an après son offensive qui lui avait permis de s’emparer brièvement de Goma et Bukavu.
Cette brusque reprise des hostilités intervient pourtant quelques jours seulement après que la RDC et le Rwanda ont réaffirmé leur engagement à appliquer l’accord de Washington signé en juin 2025. Malgré cette volonté affichée, la dynamique militaire sur le terrain s’est considérablement aggravée.
Les violences perturbent lourdement l’aide humanitaire. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a suspendu ses activités dans toute la province, privant près de 25 000 bénéficiaires d’une aide vitale. Dans la ville d’Uvira, 32 écoles partenaires ont été transformées en sites d’accueil, interrompant les cours et le programme de repas scolaires pour plus de 12 000 enfants. Les stocks alimentaires restants devraient s’épuiser d’ici quelques semaines.
L’escalade a également provoqué un afflux de populations vers les pays voisins : entre le 5 et le 8 décembre, près de 25 000 personnes ont traversé la frontière vers le Burundi, tandis que des arrivées supplémentaires ont été enregistrées au Rwanda. Les autorités et partenaires humanitaires y renforcent la distribution de repas chauds, d’eau potable et de services de santé.
À Genève, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est alarmé du sort des civils et du risque d’extension régionale du conflit, rappelant que de graves violations dont des violences sexuelles ont été documentées à Uvira. Le Coordinateur humanitaire de l’ONU en RDC, Bruno Lemarquis, a dénoncé l’impact « dévastateur » des armes explosives en zones habitées et réclamé leur cessation immédiate.
Parallèlement, les attaques attribuées aux ADF se poursuivent au Nord-Kivu et en Ituri. Dans la nuit du 8 au 9 septembre 2025, au moins 70 civils ont été tués lors de funérailles à Ntoyo, dans le territoire de Lubero, suivies d’une autre attaque meurtrière à Fotodu, dans le territoire de Beni. L’OCHA évoque une « violence systématique » menée par des éléments présumés ADF dans ces régions.
Les agences humanitaires appellent à une action urgente pour protéger les civils, sécuriser le personnel humanitaire et garantir un accès sans entrave aux zones affectées, alors que le Plan de réponse humanitaire pour la RDC reste financé à seulement 22 %, laissant un déficit de près de 2 milliards de dollars.
L’est de la RDC demeure l’une des zones les plus instables du continent, où des dizaines de groupes armés opèrent depuis plus de deux décennies. En 2025, la faiblesse du financement humanitaire, les déplacements massifs et l’intensification des violences aggravent une crise déjà parmi les plus complexes au monde.
DM/ac/Sf/APA







