À l’occasion de la Journée mondiale des maladies tropicales négligées (MTN), Thoko Elphick-Pooley, directrice adjointe du plaidoyer et de la communication des programmes Afrique à la Fondation Gates, et Ndèye Astou Badiane, directrice pays de Helen Keller Intl au Sénégal, alertent sur un recul préoccupant des efforts mondiaux contre ces maladies qui touchent principalement les populations les plus vulnérables.
Dans un contexte de santé mondiale marqué par des priorités fluctuantes et des ressources limitées, les maladies tropicales négligées (MTN) ont progressivement perdu en visibilité, entraînant une redirection des financements et un affaiblissement des programmes de lutte.
« Des décennies de progrès durement acquis vers le contrôle, l’élimination et l’éradication sont aujourd’hui gravement menacées », soulignent les auteures.
Selon ces dernières, en 2025, 47 campagnes de traitement ont été retardées à la suite de retraits soudains de donateurs, notamment après la suspension du soutien américain et des réductions de financements dans certains pays du G7.
Ces décisions, affirment-elles, ont affecté au moins 143 millions de personnes dans les pays endémiques, provoquant la résurgence de maladies pourtant considérées comme maîtrisées. Dans un monde interconnecté, avertissent-elles, ces reculs dépassent largement les frontières nationales.
Alors que l’objectif mondial vise l’élimination d’au moins une MTN dans 100 pays d’ici 2030, le débat ne porte plus sur la faisabilité, mais sur la capacité à préserver les acquis.
Les deux actrices appellent à une action coordonnée sur trois fronts que sont l’engagement renforcé des États, des partenariats durables avec les acteurs philanthropiques et le secteur privé, et un soutien continu aux organisations de terrain.
L’intégration des MTN dans les soins de santé primaires et dans les budgets nationaux est jugée essentielle, notamment dans un contexte de forte pression économique en Afrique. Parallèlement, les programmes de dons de médicaments, qui ont permis de distribuer plus de 30 milliards de traitements entre 2011 et 2024, doivent être consolidés, tout comme l’innovation, à l’image d’outils de diagnostic basés sur l’intelligence artificielle déjà testés au Kenya.
Les auteures soulignent également le rôle clé d’organisations comme Helen Keller Intl dans la mise en œuvre des campagnes de traitement de masse et l’intégration des soins dans les systèmes de santé nationaux.
Elles citent le Sénégal comme exemple de succès, avec l’élimination officielle du trachome validée par l’OMS en juillet 2025, protégeant près de trois millions de personnes.
Enfin, Thoko Elphick-Pooley et Ndèye Astou Badiane mettent en garde contre l’impact croissant du changement climatique, qui accroît les risques de propagation des MTN. Elles appellent les institutions multilatérales à mieux intégrer ces maladies dans les stratégies de résilience climatique et de santé mondiale.
« L’élimination des MTN est l’un des défis les plus surmontables de la santé mondiale », concluent-elles, tout en rappelant qu’elle constitue aussi un test décisif de la capacité de la communauté internationale à protéger durablement ses avancées.
ARD/ac/Sf/APA





