Dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, un drone militaire malien s’est écrasé près de Tin-Zawaten, une localité stratégique à la frontière entre le Mali et l’Algérie. L’incident a rapidement donné lieu à des déclarations officielles contradictoires et à une revendication de groupe armé, sans qu’aucune confirmation indépendante ne permette, à ce stade, de trancher sur les circonstances exactes.
Imbroglio autour de la destruction d’un drone militaire malien à la frontière algérienne. Dans un communiqué publié le 1er avril, l’État-Major Général des Armées maliennes a affirmé qu’« un aéronef sans pilote appartenant aux FAMa s’est écrasé à proximité de Tinzaouatene, dans la région de Kidal », au cours d’« une mission ordinaire de surveillance du territoire ». L’appareil, selon le communiqué parvenu à APA, aurait touché le sol dans une zone inhabitée, sans faire de victimes ni de dégâts matériels. Les dispositifs de sécurité embarqués auraient également permis d’éviter toute explosion. Une enquête a été ouverte pour établir les causes de l’incident.
Quelques heures plus tard, le ministère algérien de la Défense annonçait avoir « abattu un drone armé de reconnaissance » dans la même nuit, après que l’appareil a pénétré « de deux kilomètres » dans l’espace aérien algérien. Le tir a été effectué par une unité de la Défense aérienne territoriale de la 6e Région militaire. Le communiqué algérien ne précise pas l’origine de l’engin, mais présente l’opération comme un « acte de vigilance et de protection du territoire national ».
Dans le même intervalle, un troisième acteur est entré en scène. Le Front de Libération de l’Azawad (FLA), groupe armé actif dans le nord du Mali, a revendiqué la destruction d’un drone de type Akinci, acquis récemment par les FAMa auprès de la Turquie. Sur les réseaux sociaux, des comptes affiliés au mouvement ont diffusé plusieurs images montrant des débris d’un appareil non identifié, surmontés d’un drapeau du FLA. Aucune vérification indépendante n’a permis de confirmer ni l’authenticité de ces images, ni l’identité exacte de l’engin concerné.
Le FLA qualifie Tin-Zawaten de « cimetière du fameux drone Akinci » et affirme avoir « abattu presque tous les avions de combat Albatros et Sukhoï 25 » utilisés par l’armée malienne. Par le passé, ce groupe – passé de Coordination des mouvements de l’Azawad au Cadre stratégique permanent pour la défense du peuple de l’Azawad avant de devenir FLA en décembre dernier – avait déjà revendiqué la destruction d’aéronefs militaires maliens, notamment en septembre 2023 à Gao et en mai 2024 à Ménaka. Dans ces cas également, les autorités avaient évoqué des incidents techniques.
À ce stade, aucune source indépendante – militaire ou civile – n’a confirmé de manière formelle l’identité du drone abattu, ni les conditions précises de sa perte. Plusieurs hypothèses coexistent donc : défaillance technique, neutralisation par la défense algérienne ou destruction ciblée par des groupes armés. L’absence de détails sur le type exact d’appareil concerné rend la vérification plus difficile encore.
Selon des analystes militaires, même des drones de dernière génération comme l’Akinci, dotés de capacités de frappe longue portée, peuvent être vulnérables dans un environnement hostile, notamment face à des tirs sol-air portatifs ou des embuscades coordonnées.
Cet épisode démontre la complexité du théâtre sahélo-saharien, où les conflits armés, les tensions transfrontalières et les rivalités technologiques se superposent. Et où, parfois, la vérité s’écrase au sol avec les débris.
MD/ac/APA