La Cour d’assises de Bamako a condamné ce mardi l’ex-ministre des Finances à dix ans de prison ferme pour malversations dans l’achat de l’avion présidentiel et d’équipements militaires. Le verdict met fin à un procès très suivi, marqué par de multiples rebondissements.
Après un long feuilleton judiciaire entamé en 2014 et scruté par l’opinion publique, la Cour d’assises de Bamako a rendu mardi son verdict dans l’affaire dite du « Boeing présidentiel et des équipements militaires », emblématique de la lutte contre la corruption au sommet de l’État malien.
L’ancienne ministre de l’Économie et des Finances, Bouaré Fily Sissoko, a été condamnée à dix ans de prison ferme et à une amende de 500 000 francs CFA. Le colonel-major Nouhoum Dabitao a écopé de sept ans d’emprisonnement ferme et d’une amende de 300 000 francs CFA. En revanche, le général Moustapha Drabo et l’ancien ministre de la Communication, Mahamadou Camara, ont été acquittés, faute de preuves suffisantes selon la Cour.
Le procès, ouvert en novembre 2023 après plusieurs années d’enquête et de blocages, concernait des marchés publics d’un montant global supérieur à 88 milliards CFA — dont 28,5 milliards pour l’acquisition d’un Boeing présidentiel et 69 milliards pour des équipements militaires — conclus sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta.
Tout avait commencé en 2014, quand le gouvernement d’IBK avait acheté un Boeing pour les déplacements officiels et engagé d’importants contrats militaires. Très vite, des voix avaient dénoncé surfacturations et détournements, entraînant la suspension de plus de 70 millions de dollars d’aide budgétaire par le FMI et la Banque mondiale. Ces irrégularités avaient plongé les finances publiques dans une crise immédiate, le montant des contrats incriminés représentant environ 2 % du PIB malien à l’époque.
La procédure judiciaire aura été marquée par des reports répétés, notamment pour raisons médicales, et assombrie par le décès en détention de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga en mars 2022. Bouaré Fily Sissoko, incarcérée depuis 2021, avait vu ses demandes de liberté provisoire rejetées avant d’être hospitalisée en avril dernier.
La Cour a également jugé par contumace cinq autres accusés, toujours recherchés à l’étranger, parmi lesquels Moustapha Ben Barka, ancien ministre et ex-secrétaire général de la Présidence, et Marc Gaffajoli, opérateur économique impliqué dans la fourniture de l’avion.
Le ministère public a salué un procès « transparent », et le Contentieux général de l’État a souligné la portée symbolique de ce verdict, qui tourne la page d’un feuilleton judiciaire de près d’une décennie.
MD/ac/Sf/APA





