La confrontation entre la Chambre des représentants de Libye, la Banque centrale et la NOC illustre une fois encore les fractures profondes qui minent la gouvernance économique du pays.
La commission libyenne de la planification, des finances et du budget général de la Chambre des représentants a tenu dimanche à Tripoli une réunion conjointe avec la Banque centrale de Libye (BCL) et la National Oil Corporation (NOC), afin d’examiner les nombreuses observations formulées sur le projet de loi budgétaire pour 2025.
Selon le porte-parole de la Chambre, Abdullah Blihaq, les discussions ont porté sur la nécessité de modifier plusieurs dispositions du texte, dont le volume global s’élève à 160 milliards de dinars libyens (près de 30 milliards d’euros). Cette enveloppe, déjà critiquée par des experts économiques pour ses « chiffres contradictoires » et son dépôt tardif avec sept mois de retard, continue de susciter de vives polémiques.
Depuis début juillet, la Banque centrale insiste sur le caractère incomplet du projet, estimant qu’il requiert davantage de concertation avec les institutions de l’État. Son gouverneur, Naji Issa, avait d’ailleurs multiplié les échanges avec le président de la Chambre, Aguila Saleh, afin d’aboutir à des compromis. Le 20 août, les deux responsables avaient évoqué cinq réformes économiques, convenant de trois mesures immédiates : un soutien accru à la maintenance des centrales électriques, la régulation des crédits bancaires et un meilleur encadrement des dépenses publiques.
Les experts libyens soulignent cependant que le budget tel qu’il est présenté manque de cohérence et reflète les divisions politiques qui paralysent le pays. Dans une interview à la chaîne Al-Wasat, plusieurs économistes ont dénoncé un texte « peu transparent », incapable de répondre aux besoins urgents de la population et à la crise des services publics. La National Oil Corporation, pilier des finances de l’État, a également exprimé des réserves quant à la répartition des fonds destinés au secteur énergétique, alors que les infrastructures pétrolières et électriques nécessitent d’importants investissements.
Derrière le débat technique se profile un bras de fer politique entre Tripoli et Benghazi. Aguila Saleh et la Chambre cherchent à affirmer leur contrôle sur la gestion des finances publiques, tandis que la Banque centrale revendique un rôle central dans la préservation de la stabilité monétaire et dans la transparence des flux financiers. Naji Issa a même demandé publiquement de reporter l’adoption du budget, appelant à un texte amendé et « plus réaliste ».
Alors que la Libye peine à sortir de l’impasse institutionnelle et que les besoins sociaux explosent, l’adoption du budget 2025 reste suspendue à des arbitrages politiques fragiles.
MK/ac/Sf/APA






