Alors que l’épidémie de dengue suscite de vives polémiques, les autorités sanitaires tchadiennes sont accusées par des voix critiques de minimiser l’ampleur de la situation. Le gouvernement a annoncé ce lundi un train de mesures exceptionnelles, dont la gratuité totale de la prise en charge de la maladie.
Une réunion stratégique de haut niveau
Face à l’évolution préoccupante de la situation épidémiologique, le Premier ministre, Chef du gouvernement, Allah Maye Halina, a présidé ce lundi une réunion stratégique. Elle a rassemblé les ministères sectoriels concernés, les membres des cabinets du Chef de l’État tchadien et du Premier ministre, les présidents des ordres professionnels de santé, les autorités administratives et communales de N’Djaména, les responsables des forces de défense et de sécurité ainsi que des experts sanitaires.
L’examen de la situation a mis en évidence une forte pression hospitalière. Le pic épidémique s’accompagne d’un afflux de malades qui dépasse les capacités d’accueil de plusieurs structures sanitaires.
Plutôt dans la matinée, le ministre de la Santé publique, Dr Abdelmadjid Aberrahim a dirigé une réunion d’urgence à son cabinet. Au cours de cette rencontre, les chiffres communiqués sont alarmants : 5 521 cas suspects, 353 confirmés et 14 décès.
Dans une enquête publiée par le directeur de publication du Journal Abba Garde, Mousseye Avenir de la Tchiré, près de 900 personnes sont enterrés dans l’intervalle de six jours dans les deux cimetières de N’Djaména. Au cours de la réunion d’urgence, le ministre de la Santé a précisé que tous ces morts ne sont pas liés à la dengue.
Cinq mesures prioritaires, à application immédiate
Le Premier ministre a arrêté cinq mesures dont la mise en œuvre doit être immédiate. La première est la gratuité totale de la prise en charge de la dengue dans toutes les structures sanitaires publiques. Elle couvre les consultations médicales, les examens de laboratoire et les soins, afin que les populations accèdent aux traitements sans obstacle financier.
Le gouvernement prévoit ensuite le renforcement immédiat des capacités d’accueil des hôpitaux, notamment des Centres hospitaliers universitaires (CHU), avec l’installation de tentes médicalisées et de lits supplémentaires pour faire face à l’afflux des malades.
Une semaine spéciale de salubrité sera également lancée. Elle sera consacrée à l’assainissement des quartiers, à l’élimination des eaux stagnantes et à la destruction des gîtes larvaires qui favorisent la prolifération des moustiques.
Les autorités ont par ailleurs décidé la désinsectisation systématique des avions et des moyens de transport collectif, qu’il s’agisse des bus urbains, intra-urbains ou interurbains, afin de limiter la circulation des moustiques vecteurs entre les provinces du pays.
Enfin, une vaste mobilisation nationale sera lancée contre la dengue. Elle associera les médias, les organisations de la société civile, les jeunes, les femmes, les collectivités territoriales et l’ensemble des forces vives de la Nation, avec l’objectif d’intensifier la sensibilisation et de promouvoir les gestes de prévention.
Une polémique qui persiste
Ces annonces interviennent dans un climat tendu. Depuis plusieurs jours, l’épidémie alimente un débat public. Selon ses détracteurs, les autorités sanitaires auraient minimisé la gravité de la situation, alors que les établissements de santé semblaient déjà débordés. Les mesures annoncées ce lundi, qui reconnaissent explicitement un pic épidémique et une saturation des hôpitaux, pourraient relancer cette controverse. Certains y verront un aveu tardif, d’autres une réaction nécessaire et salutaire.
Pour le gouvernement, ces décisions sont « des réponses concrètes à l’urgence sanitaire et aux préoccupations des populations ». Il souligne que la maîtrise de l’épidémie exige une action coordonnée des pouvoirs publics, une mobilisation collective et un engagement citoyen à tous les niveaux.
La priorité est désormais à l’application effective et immédiate de ces mesures, pour soulager les malades, renforcer la prise en charge et freiner la propagation de la dengue. Reste à savoir si les moyens suivront sur le terrain, et si les populations constateront rapidement des effets concrets dans les hôpitaux et dans leurs quartiers.
CA/ac/Sf/APA





