Le président burkinabè Ibrahim Traoré a revendiqué dimanche des avancées « sur tous les plans » depuis son arrivée au pouvoir en 2022, notamment dans la lutte contre les groupes terroristes, tout en annonçant la poursuite d’importantes réformes politiques, économiques et institutionnelles.
Le capitaine Ibrahim Traoré s’est exprimé pendant près d’une heure et demie lors d’un entretien diffusé dimanche soir par la télévision nationale, dressant un bilan positif de l’action gouvernementale, à quelques jours du quatrième anniversaire de son accession à la tête du Burkina Faso.
Il a toutefois reconnu que certaines zones reconquises restaient sous contrôle militaire avant une éventuelle réinstallation des populations.
« Il y a des zones où nous avons repris le contrôle, mais où j’ai demandé aux populations de rester en arrière », a-t-il expliqué, précisant que les forces engagées devaient encore y conduire des opérations.
Pour illustrer cette évolution, le président a cité plusieurs axes routiers autrefois fortement perturbés par les attaques.
« Vous prenez la RN1, les localités de Houndé, Pâ, la route était coupée », a-t-il affirmé. Selon lui, les déplacements entre plusieurs grandes villes, notamment Bobo-Dioulasso, Dédougou, Koudougou et Ouahigouya, étaient devenus particulièrement difficiles.
« Mais aujourd’hui, les gens circulent librement. Rien que ça, nous avons pu faire reculer beaucoup le terrorisme », a-t-il assuré.
Le Burkina Faso reste toutefois confronté à des attaques de groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique, selon les données et analyses disponibles sur la situation sécuritaire au Sahel.
M. Traoré a reconnu qu’une partie du territoire demeurait difficile d’accès pour les forces gouvernementales.
« Il reste une portion de terrain qui semble difficile, mais que nous nous préparons à aborder », a-t-il déclaré, estimant que cette situation pourrait prochainement « appartenir au passé ».
Une souveraineté revendiquée
Sur le plan diplomatique, le président burkinabè a défendu une politique fondée sur la souveraineté et le respect mutuel, tout en appelant à la prudence dans les relations internationales.
« Tant qu’on n’est pas prêt pour traverser tous les fronts, il ne faut pas jouer avec le feu », a-t-il déclaré.
Les relations avec l’Union européenne restent, selon lui, tendues. « Est-ce que tout est au beau fixe ? Non, ce n’est pas au beau fixe », a-t-il reconnu, évoquant notamment des prises de position de parlementaires européens concernant le Burkina Faso.
Avec la France, ancienne puissance coloniale, le chef de l’Etat a exclu un retour aux relations qui prévalaient avant son arrivée au pouvoir. « Nos relations ne peuvent être comme avant », a-t-il affirmé.
Il a également défendu le retrait annoncé des pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) de la Cour pénale internationale (CPI), accusant cette juridiction de participer à un système de « domination ». Ces propos relèvent de la position des autorités burkinabè et ne constituent pas une appréciation indépendante du fonctionnement de la CPI.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont par ailleurs poursuivi leur rapprochement au sein de l’AES, dont l’opérationnalisation de la force unifiée se poursuit, selon M. Traoré.
Nouvelle Constitution et économie
Sur le plan institutionnel, le président a annoncé qu’une « nouvelle constitution » devrait voir le jour, sans préciser de calendrier ni les contours du futur texte.
« Le Burkina est actuellement en révolution et va créer un système propre », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il fallait, selon lui, « tuer l’esprit politicien ».
Sur le plan économique, M. Traoré a défendu les nationalisations et la reprise par l’Etat de certaines entreprises. Il a notamment cité la SN-Citec et la SN-Sosuco, affirmant que leurs performances s’étaient améliorées depuis leur reprise.
Il a également mis en avant l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire (APEC), présentée comme un instrument destiné à favoriser l’investissement collectif des Burkinabè.
Le chef de l’Etat a par ailleurs annoncé la poursuite des investissements dans les infrastructures, notamment le projet d’autoroute Ouagadougou-Bobo-Dioulasso.
Dans l’agriculture, il a évoqué la deuxième phase de l’offensive agropastorale, hydraulique et halieutique, avec notamment l’augmentation des superficies aménagées et le développement de systèmes d’irrigation.
Une CAN 2032 avec l’AES
M. Traoré s’est enfin dit favorable à une candidature commune du Burkina Faso, du Mali et du Niger pour l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2032.
« Si on veut, on peut », a-t-il déclaré, estimant que les trois pays disposent encore de suffisamment de temps pour construire les infrastructures nécessaires.
Il a notamment cité les stades, les capacités hôtelières et les dispositifs de sécurité.
« 2032, c’est encore loin », a-t-il insisté, estimant qu’une telle compétition pourrait accompagner la transformation des trois pays de l’AES.





