Introduisant le test antidrogue à l’embauche, Alger durcit l’accès à l’emploi sans cadre clair, au risque d’arbitraire et de stigmatisation, une mesure floue aux accents répressifs.
Le gouvernement algérien a franchi un nouveau cap dans sa politique sécuritaire avec l’instauration d’un test antidrogue obligatoire pour tout accès à l’emploi, dans le public comme dans le privé. Publiée au Journal officiel n°43 du 13 juillet 2025, cette disposition législative impose la présentation d’un dépistage négatif de stupéfiants comme condition préalable à tout recrutement, selon le média TSA.
Présentée comme un levier de lutte contre la toxicomanie, cette mesure s’inscrit dans une approche de plus en plus répressive du phénomène des drogues, au détriment d’une politique de prévention, de santé publique et de réinsertion. Aucune précision n’a toutefois été fournie par les autorités quant aux modalités concrètes d’application : Qui procède au test ? Quelles substances sont concernées ? Quelle est la durée de validité du certificat ? Quelles garanties de confidentialité et de recours pour les candidats ? Autant de zones d’ombre qui ouvrent la voie à des dérives arbitraires.
En l’absence de décret d’application, ce durcissement réglementaire pourrait rapidement se heurter à des problèmes de faisabilité administrative, notamment dans les zones rurales ou pour les PME, peu équipées pour gérer de tels protocoles. Cela risque aussi d’ajouter une barrière supplémentaire à l’accès au marché du travail, dans un pays où le taux de chômage des jeunes dépasse les 30 %, et où les inégalités d’accès à l’emploi restent criantes.
Plus largement, cette loi reflète la tendance des autorités algériennes à traiter les questions sociales à travers le prisme sécuritaire, au lieu d’investir dans des politiques de santé publique, d’éducation et d’accompagnement psychosocial. En ciblant indistinctement tous les demandeurs d’emploi, elle criminalise de facto une frange vulnérable de la population, sans offrir de solution aux causes profondes de la consommation de stupéfiants.
MK/ac/Sf/APA







