Le chef d’état-major algérien agite la rhétorique des menaces aux frontières, sans réponse claire aux défis géopolitiques réels.
À l’occasion de la Journée nationale de l’Armée nationale populaire (ANP), le chef d’état-major Saïd Chanegriha a prononcé un discours à forte charge symbolique, réaffirmant les « lignes rouges » de la sécurité nationale et exaltant le rôle de l’armée comme pilier de l’unité de l’État. Évoquant les menaces « persistantes » aux frontières sud et est, il a présenté l’ANP comme le dernier rempart face aux instabilités régionales croissantes.
Cette mise en scène martialisée survient alors que l’Algérie s’enferme dans une lecture strictement sécuritaire des dynamiques régionales, sans engagement réel dans des stratégies de coopération ou de résolution des conflits. Le discours militaire, devenu récurrent, tend à masquer les limites d’une diplomatie de repli et d’une absence de vision concertée avec ses voisins sahéliens, en particulier depuis le retrait des pays de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) de la Cédéao et le déclin du rôle de l’Algérie comme médiateur crédible. Le Mali s’est retiré de l’Accord d’Alger et vient de mettre en selle une charte de réconciliation après un dialogue inter-Maliens.
Dans un Sahel en recomposition stratégique, l’Algérie semble de plus en plus marginalisée, cantonnée à un rôle d’observateur inquiet, malgré sa frontière terrestre de plus de 6 000 kilomètres avec des zones de haute instabilité. La rhétorique des « lignes rouges » et des « complots extérieurs » devient un réflexe politique, sans traduction concrète sur le plan de la sécurité coopérative ni sur celui de l’intégration régionale.
En exaltant un rôle omnipotent de l’armée, le pouvoir algérien donne une nouvelle fois la priorité au sécuritaire sur le politique, au moment où le pays traverse des tensions sociales internes croissantes et une fragilisation économique manifeste. Cette hypertrophie militaire du discours officiel alimente une gouvernance opaque, verrouillée et peu encline au dialogue régional multilatéral, dans un environnement géopolitique pourtant en mutation rapide.
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