Une série d’agressions violentes en Algérie, filmées et largement diffusées sur les réseaux sociaux, choque depuis plusieurs jours l’opinion publique. Ces attaques, souvent perpétrées en plein jour et avec une brutalité inouïe, mettent en lumière les failles béantes d’une politique sécuritaire qui peine à enrayer la montée de la petite criminalité et des violences urbaines.
À Ain Fakroun, dans la wilaya d’Oum El Bouaghi, un sexagénaire a été sauvagement attaqué lundi dernier par deux jeunes armés de couteaux, alors qu’ils tentaient de lui voler sa sacoche. Grièvement blessé au bras et à l’abdomen, l’homme a dû subir une intervention chirurgicale. Si les assaillants ont été arrêtés et condamnés à de lourdes peines – jusqu’à 15 ans de prison –, les images de l’agression ont circulé massivement sur les réseaux sociaux, suscitant une onde d’indignation nationale.
Cet épisode n’est pas isolé en Algérie. À Tipaza, des familles ont été attaquées sur une plage par un groupe de jeunes, dont certains sont encore en fuite. À Oran, une agression à l’arme blanche en pleine rue a également été filmée, confirmant que ce phénomène gagne en visibilité et alimente un sentiment d’insécurité croissant.
Le gouvernement tente de rassurer en rappelant que « globalement les villes algériennes restent sécurisées ». Mais cette communication officielle peine à convaincre. Car les agressions, spectaculaires par leur violence et leur mise en scène, révèlent surtout l’impuissance d’un État qui multiplie les lois répressives sans s’attaquer aux causes structurelles.
Selon l’avocat Mahdi Halfaoui, près de « 80 % des violences sont liées à la consommation de psychotropes », dont l’usage a explosé en Algérie. Ce fléau, longtemps minimisé par les autorités, alimente désormais vols, rixes et agressions quotidiennes. Pourtant, malgré l’ordonnance présidentielle de 2020 censée « éradiquer les gangs de quartiers » avec des peines allant jusqu’à 20 ans de prison, la criminalité continue de proliférer. L’approche purement punitive montre ses limites face à un phénomène enraciné dans la crise sociale, le chômage massif des jeunes et l’absence de perspectives.
Face à la lenteur de la réaction policière, les citoyens se tournent vers leurs téléphones, filmant les agressions pour alerter et fournir des preuves à la justice. Une pratique devenue courante, mais qui illustre en creux la défiance envers un appareil sécuritaire incapable de protéger efficacement.
Ces agressions spectaculaires constituent moins des incidents isolés que le symptôme d’un système fragilisé. Elles révèlent les contradictions d’un pouvoir qui déploie une rhétorique de fermeté mais reste incapable de garantir une sécurité quotidienne minimale à ses citoyens.
MK/ac/Sf/APA







