Sous couvert de modernisation, le pouvoir algérien multiplie les annonces sociales et institutionnelles, notamment autour de la justice et du dessalement, sans lever les ambiguïtés d’un système marqué par la centralisation et l’opacité.
Le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé, dimanche à Alger, son intention de « servir au mieux le citoyen » en approuvant en Conseil des ministres deux chantiers présentés comme prioritaires : la réforme du statut de la magistrature et la construction de nouvelles stations de dessalement d’eau de mer.
Officiellement, ces mesures visent à consolider l’indépendance de la justice et à garantir la sécurité hydrique du pays. Dans les faits, elles s’inscrivent dans une logique de communication politique qui peine à masquer les lenteurs structurelles du système.
Le projet de loi organique portant statut de la magistrature, approuvé en Conseil des ministres, devait selon Tebboune « protéger les magistrats et garantir l’indépendance de la justice ».
Pourtant, cette réforme intervient dans un contexte où la magistrature reste fortement dépendante du pouvoir exécutif. L’Union nationale des magistrats a souvent dénoncé l’absence de véritable autonomie du Conseil supérieur de la magistrature, dont le président n’est autre que le chef de l’État lui-même.
Si la revalorisation des retraites et du logement ou la formation renforcée des juges répondent à des besoins réels, elles ne constituent pas, à elles seules, une garantie d’indépendance. La création annoncée de « pôles judiciaires spécialisés » pourrait certes améliorer la compétence technique, mais elle risque aussi de renforcer le contrôle centralisé des dossiers sensibles, notamment ceux à connotation politique.
En parallèle, le président a approuvé la localisation de trois nouvelles stations de dessalement à Chlef, Mostaganem et Tlemcen. Chaque installation devrait produire environ 300 000 m³ d’eau potable par jour, s’ajoutant aux cinq stations déjà en service et aux trois autres encore à l’étude. Ces infrastructures visent à compenser la baisse des précipitations et l’épuisement progressif des nappes phréatiques.
Mais cette politique du « tout dessalement » suscite des réserves. Les coûts énergétiques de ces projets — alimentés pour l’essentiel par le gaz naturel — demeurent élevés, et leur impact environnemental n’est pas neutre. Plusieurs experts algériens estiment que le pays gagnerait à diversifier ses approches, en investissant davantage dans la gestion durable des eaux usées, la réduction des fuites (estimées à plus de 35 % du volume distribué) et la modernisation des réseaux hydrauliques.
MK/ac/Sf/APA







