En matière de sécurité alimentaire en Algérie, derrière les annonces spectaculaires du président Abdelmadjid Tebboune, la réalité de terrain reste marquée par des déséquilibres structurels, une gouvernance centralisée et des effets d’annonce peu suivis d’impact durable.
Sous le vernis des chiffres impressionnants régulièrement exhibés par le gouvernement algérien, la politique menée par le président Abdelmadjid Tebboune en matière de sécurité alimentaire, de gestion hydrique et de logement révèle, à y regarder de plus près, de nombreuses zones d’ombre. Loin d’un modèle de développement structurant, les trois « défis gagnés » revendiqués par le régime reposent essentiellement sur des logiques quantitatives, au détriment d’une planification stratégique cohérente et inclusive.
La construction de silos de stockage, la mise en avant d’une agriculture saharienne sur 400 000 hectares, et les discours martiaux sur l’« alimentation comme arme stratégique » peuvent impressionner. Mais ces initiatives s’inscrivent dans un environnement agricole national extrêmement vulnérable, dominé par des rendements faibles, une dépendance massive aux importations céréalières (plus de 70 % des besoins en blé), et l’absence d’une véritable politique d’investissement agraire. Le recours systématique aux commandes publiques pour gonfler artificiellement les stocks de céréales ne saurait dissimuler le décrochage productif du secteur rural, miné par une faible mécanisation, le manque de formation des agriculteurs et des infrastructures logistiques lacunaires.
Quant à l’agriculture saharienne, vantée comme une solution miracle, elle reste expérimentale et marginale. Les coûts environnementaux, notamment en matière de surexploitation des nappes fossiles et de désertification, ne sont jamais pris en compte dans le discours officiel. Aucun audit indépendant n’est venu confirmer l’impact réel des investissements dans ces périmètres.
L’Algérie se prévaut aujourd’hui de disposer de 19 stations de dessalement d’eau de mer, avec une capacité annoncée de 3,7 millions m³/jour. D’ici 2030, le cap des 5,5 millions m³/jour serait atteint. Or, cette stratégie présente trois limites majeures notamment les coûts énergétiques élevés, dans un pays dépendant des hydrocarbures pour faire fonctionner ces stations, l’absence de réseau de distribution modernisé, ce qui limite l’acheminement réel de l’eau produite vers les populations et le manque de transparence sur les appels d’offres et la maintenance des installations, plusieurs stations étant déjà en panne ou sous-performantes.
L’autre impasse majeure est l’oubli de la politique de gestion de la demande. Le gaspillage domestique, les fuites sur réseau (près de 40 % des volumes produits selon certaines estimations), l’irrigation inefficace et l’absence de tarification incitative sont autant de freins à une réelle durabilité hydrique. L’obsession du dessalement semble surtout traduire l’incapacité à réformer le modèle de gouvernance de l’eau.
MK/ac/Sf/APA







