L’alerte lancée par l’Agence internationale de l’énergie sur l’épuisement accéléré des champs pétro-gaziers met en évidence la vulnérabilité d’Alger, dont l’économie repose presque exclusivement sur une rente en déclin.
Le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) sonne comme un rappel brutal : les gisements mondiaux de pétrole et de gaz sont en déclin accéléré, exigeant des investissements massifs simplement pour maintenir les niveaux actuels de production. Mais au-delà du constat global, la situation renvoie directement à la fragilité du modèle algérien, prisonnier d’une dépendance quasi exclusive à la rente pétro-gazière.
L’AIE, qui a analysé 15 000 champs d’hydrocarbures, estime que sans investissements constants, la production mondiale chuterait de 5,5 millions de barils par jour chaque année, soit l’équivalent de la production cumulée de la Norvège et du Brésil. Les « super-champs » du Golfe, comme en Arabie saoudite, déclinent lentement, à raison de 2 % par an, mais ailleurs, notamment dans les gisements offshore européens ou les exploitations non conventionnelles, la chute est vertigineuse : jusqu’à 35 % dès la première année pour le schiste.
Pour l’Algérie, ce signal est particulièrement préoccupant. Déjà confrontée à une stagnation chronique de ses capacités de production, faute d’investissements étrangers et de technologies de pointe, Alger risque de voir ses recettes budgétaires s’éroder rapidement. Les champs matures de Hassi Messaoud ou Hassi R’Mel, colonne vertébrale de l’économie nationale, s’essoufflent inexorablement. Dans un contexte où 98 % des recettes d’exportation du pays proviennent encore des hydrocarbures, cette vulnérabilité devient explosive.
Si les prix mondiaux venaient à grimper vers le seuil symbolique des 100 dollars le baril, l’Algérie pourrait certes engranger une rente temporaire. Mais cette perspective masque mal une réalité plus sombre : une économie incapable de se diversifier, un appareil productif atrophié, et un État qui continue de financer des dépenses sociales massives par une rente de plus en plus incertaine. « L’industrie doit courir beaucoup plus vite juste pour rester sur place », résume Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE. Or, l’Algérie, engluée dans ses blocages institutionnels, peine à attirer les capitaux nécessaires pour « courir ».
Ce dilemme énergétique global illustre donc, dans le cas algérien, l’impasse d’un pays qui vit à crédit sur ses ressources fossiles. Le risque est double : voir ses revenus décliner alors que la demande mondiale évolue, et rester prisonnier d’un système énergivore sans avoir préparé l’après-pétrole. Contrairement à d’autres producteurs qui multiplient les projets de transition, Alger s’enferme dans une rente déclinante. À terme, le déclin des gisements mondiaux pourrait bien accélérer celui d’un modèle algérien déjà à bout de souffle.
MK/ac/Sf/APA







