La Cosob salue une « année de transformation profonde », marquée par une envolée inédite de la capitalisation boursière. Derrière les chiffres spectaculaires, des interrogations demeurent sur la profondeur réelle du marché et la durabilité de cette dynamique.
Le rapport 2024 de la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (Cosob), publié cette semaine à Alger, dresse le portrait flatteur d’un marché financier « solide et transparent », engagé sur la voie de la modernisation. Avec une capitalisation passée de 71 milliards à 521 milliards de dinars (près de 3,6 milliards d’euros), soit une multiplication par plus de sept en un an, la Bourse d’Alger affiche un bond spectaculaire. Ce résultat, souligne la Cosob, doit beaucoup à l’introduction en bourse du Crédit populaire d’Algérie (CPA), première banque publique à franchir ce pas.
L’opération a levé 112 milliards de dinars et mobilisé plus de 42 000 investisseurs, un record pour un marché longtemps atone. La valeur transigée a, elle aussi, grimpé de plus de 440 %, pour atteindre 2,76 milliards de dinars. Autant d’indicateurs qui, selon la Cosob, « illustrent la confiance croissante des investisseurs et la vitalité retrouvée du marché ». Mais cette lecture optimiste masque une réalité plus nuancée : la Bourse d’Alger demeure, dans les faits, l’une des plus peu actives de la région, avec un nombre très limité d’entreprises cotées et une liquidité structurellement faible.
L’année 2024 a vu l’adoption de deux règlements majeurs : le premier (n°24-01) consacre la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme ; le second (n°24-02) encadre les Organismes de placement collectif à capital risque (Opcr). Ces textes, salués pour leur modernité, s’inscrivent dans la continuité du règlement général n°23-04, qui a ouvert la voie à un compartiment Croissance destiné aux PME. Toutefois, l’impact concret de ces mesures reste limité : peu d’entreprises se sont effectivement tournées vers le marché pour se financer, freinées par une gouvernance rigide, un environnement juridique encore incertain et une culture boursière embryonnaire.
Le lancement d’un guichet unique et d’un portail électronique pour les introductions en bourse constitue, selon la Cosob, un tournant en matière de transparence et de simplification administrative. Ces outils visent à réduire les délais et à attirer davantage d’émetteurs. Pourtant, les acteurs du secteur soulignent que la digitalisation ne saurait pallier le manque de profondeur du marché ni la faible participation institutionnelle. L’essor d’une véritable place financière suppose avant tout une diversification des produits, une meilleure intégration bancaire et un renforcement de la confiance des investisseurs étrangers.
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