Un rapport de Power Shift Africa estime que l’abandon des énergies fossiles au profit des renouvelables pourrait rapporter au continent jusqu’à 4 500 milliards d’euros, à condition de lever d’importants freins structurels.
La transition énergétique du continent africain pourrait générer des économies comprises entre 3 000 et 5 000 milliards de dollars d’ici 2050 – soit environ 2 750 à 4 500 milliards d’euros – tout en créant plusieurs millions d’emplois, selon une nouvelle étude du groupe de réflexion Power Shift Africa. Malgré une progression significative des investissements dans l’énergie solaire et éolienne, cette mutation reste entravée par des défis majeurs : faible taux d’électrification, poids persistant des énergies fossiles, et absence criante de financements accessibles.
En 2023, l’Afrique a franchi une étape symbolique : les capacités installées d’énergie renouvelable ont dépassé celles à base de combustibles fossiles pour la première fois, avec 7,9 GW supplémentaires. Le solaire photovoltaïque en particulier connaît une dynamique forte, avec un triplement des investissements en cinq ans – passant de 17 à 40 milliards de dollars (environ 37 milliards d’euros). Des projets comme le complexe Noor au Maroc ou la stratégie géothermique du Kenya témoignent de cette ambition.
Cependant, cette embellie masque une inertie structurelle : les énergies fossiles représentent encore près de 69 % de la capacité installée sur le continent, selon les projections jusqu’en 2035. Le pétrole, le gaz et le charbon continuent d’alimenter la majeure partie des systèmes électriques nationaux, notamment en Afrique australe et occidentale.
L’une des principales limites à la transition reste financière. Les investissements publics et concessionnels ont chuté d’un tiers en 2024, à seulement 20 milliards de dollars (18,5 milliards d’euros), plombés notamment par le désengagement progressif des banques chinoises de développement. Parallèlement, le coût du capital reste très élevé : entre trois et sept fois celui pratiqué dans les pays développés.
Power Shift Africa rappelle que, malgré le poids démographique du continent (près de 20 % de la population mondiale), l’Afrique ne capte que 3 % des investissements dans les énergies propres. Le résultat est criant : 600 millions de personnes restent sans électricité, et près d’un milliard cuisinent encore avec du bois ou du charbon.
L’Union africaine vise 300 GW de capacités renouvelables d’ici 2030. Mais au rythme actuel, seules 57 % à 65 % de cette ambition pourraient être atteintes. Pour espérer combler l’écart, il faudrait multiplier par quatre, dès 2025, les volumes annuels d’installations.
Les perspectives économiques sont pourtant considérables. Selon Power Shift Africa, le secteur des renouvelables pourrait employer jusqu’à cinq millions de personnes à l’horizon 2050, contre environ 350 000 actuellement. Mais cette croissance dépend d’un accès élargi à des capitaux bonifiés, à des mécanismes de garantie, et à une stabilité réglementaire.
Dans des pays comme l’Afrique du Sud, le Nigéria ou l’Angola, les recettes issues du pétrole, du gaz ou du charbon structurent les budgets de l’État. La sortie progressive de ces filières pose donc un dilemme de souveraineté. À Prétoria, un haut responsable explique que « le charbon structure toute notre économie. Il ne peut être écarté du jour au lendemain sans conséquences sociales et budgétaires dévastatrices ».
Les partenariats pour une transition énergétique équitable (JETP), déjà testés avec l’Afrique du Sud, offrent un cadre d’espoir : ils permettent de canaliser les financements vers une transition inclusive, pilotée par les États eux-mêmes.





