La réduction des financements internationaux de l’aide humanitaire a profondément fragilisé le système de santé du Soudan du Sud, notamment dans le Bahr el Ghazal du Nord, où deux tiers des centres de santé ont fermé, alerte Médecins Sans Frontières (MSF).
Sur les 180 centres de santé primaires que comptait l’État début 2025, seuls 61 fonctionnent encore, privant près de 1,4 million d’habitants d’un accès régulier aux soins essentiels. Ce qui oblige les femmes enceintes, les enfants et les patients gravement malades à parcourir de longues distances pour recevoir des soins, selon MSF.
Les structures restantes sont confrontées à des pénuries de médicaments, au non-paiement des salaires du personnel et à la rupture des systèmes de transfert des patients en urgence. Cette situation entraîne des retards de prise en charge et favorise l’arrivée à l’hôpital de patients dans des états critiques.
Des trajets coûteux et dangereux
MSF cite le cas d’Abuk, dont le nouveau-né de sept jours, Rou, avait développé de graves gonflements. Après avoir constaté l’absence de médicaments dans le centre de santé le plus proche, la mère a dû effectuer quatre heures de trajet en moto-taxi pour rejoindre l’hôpital du comté d’Aweil Est.
La structure n’étant pas en mesure de traiter le cas, Abuk a poursuivi son voyage pendant trois heures supplémentaires jusqu’à l’hôpital d’État d’Aweil, où MSF dispose d’une unité de soins intensifs néonatals.
Le nourrisson souffrait d’une fasciite nécrosante, une infection bactérienne rare et potentiellement mortelle. Grâce à une prise en charge rapide, Rou est désormais hors de danger. Mais les différents déplacements ont coûté plus de 100 dollars à sa mère.
« Les familles ne devraient pas avoir à s’endetter pour obtenir les soins médicaux dont elles ont besoin », estime Felicia Ochedikwu, infirmière en chef de MSF à Aweil.
Les urgences obstétricales se multiplient
La fermeture des structures de proximité affecte particulièrement les femmes enceintes, confrontées à des trajets longs et difficiles au moment de l’accouchement.
MSF rapporte le cas d’Ayen, arrivée à la maternité d’Aweil après deux jours de travail. Son état nécessitait une césarienne d’urgence en raison d’une enclavation de la tête fœtale. Malgré les tentatives de réanimation et le transfert du nouveau-né en soins intensifs, celui-ci est décédé le lendemain.
Pour la Dr Harizah Hatim, gynécologue-obstétricienne de MSF, une prise en charge prénatale et une assistance à l’accouchement disponibles à proximité auraient pu éviter une telle issue.
La pression exercée sur l’hôpital d’Aweil ne cesse de s’accentuer. Les équipes de MSF ont assisté à plus de 8 000 accouchements en 2025, contre 6 000 initialement prévus. Au premier semestre 2026, environ 3 500 accouchements ont déjà été enregistrés.
Les complications obstétricales nécessitant des interventions lourdes, notamment les césariennes et les prises en charge de la pré-éclampsie, sont passées de 740 à 900 cas par rapport au premier semestre de l’année précédente.
Dans le même temps, les consultations d’urgence ont augmenté de 15 000 à 26 000, tandis que les admissions en néonatologie ont progressé de 30 %.
« Selon les normes de l’OMS, il faudrait au moins 14 structures fonctionnelles de soins obstétriques d’urgence pour 1,4 million de personnes. Aujourd’hui, l’hôpital d’Aweil est le seul service opérationnel de tout l’État », souligne le Dr David Kahindi, coordinateur médical de MSF au Soudan du Sud.
La malnutrition s’aggrave
La disparition des centres de santé de proximité complique également la prise en charge précoce des maladies infantiles. Des affections courantes, comme les diarrhées et les vomissements, peuvent rapidement évoluer vers une malnutrition aiguë sévère lorsqu’elles ne sont pas traitées à temps.
Au premier semestre 2026, 1 065 enfants ont été admis pour malnutrition aiguë sévère par les équipes de MSF, soit une augmentation de 87 % par rapport à 2025.
La période de forte malnutrition, traditionnellement concentrée entre mai et juillet, s’étend désormais jusqu’en octobre. L’inflation, les chocs climatiques récurrents et l’absence de prise en charge de la malnutrition modérée contribuent à aggraver la situation.
Face à l’afflux de patients, MSF a dû installer des lits supplémentaires jusque dans les couloirs de l’hôpital d’Aweil.
MSF appelle à une réponse urgente
Face à la saturation des services hospitaliers et aux difficultés croissantes des familles à accéder aux soins, MSF appelle à rétablir rapidement les services de santé primaires et l’aide alimentaire d’urgence dans le Bahr el Ghazal du Nord.
« Cela ne peut pas devenir la nouvelle norme », avertit le Dr Kahindi, estimant que l’ampleur des besoins dépasse largement les capacités d’une seule organisation.
Pour MSF, le rétablissement des soins de proximité est indispensable pour réduire les retards de prise en charge, prévenir les complications graves et éviter des décès qui pourraient être évités.
TE/Sf/APA







