L’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC) a franchi le seuil des 4 000 décès, avec 8 300 cas confirmés et 4 018 morts, selon le dernier bilan communiqué vendredi par les autorités sanitaires congolaises.
Le même bilan fait état de 2 162 guérisons, portant le taux de létalité à environ 48,4 %. L’épidémie touche 63 zones de santé dans sept provinces, notamment l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé, la Tshopo et le Sud-Ubangi.
Ce bilan marque une progression rapide en quelques jours. Au 23 septembre, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) faisait état de 7 890 cas confirmés et 3 799 décès. Trois jours plus tard, au 26 septembre, le bilan était passé à 8 067 cas et 3 901 décès.
Une baisse de la transmission, mais pas la fin de l’épidémie
Les autorités sanitaires congolaises font état d’une évolution plus favorable de la situation. L’OMS a également observé une diminution des nouveaux cas et des décès entre les deux dernières périodes de 14 jours examinées.
Cette tendance reste toutefois fragile. Dans son point de situation du 25 septembre, l’OMS relevait qu’après une résurgence du nombre de cas au début du mois, la moyenne sur sept jours avait commencé à diminuer. L’organisation soulignait cependant que le niveau de transmission demeurait élevé dans plusieurs zones de santé.
En Ituri, principale province affectée, la transmission reste particulièrement préoccupante. L’OMS indiquait le 29 septembre que les nouveaux cas diminuaient progressivement depuis un pic observé à la mi-août, tout en signalant une transmission encore élevée dans certaines zones, notamment à Mandima, Nia Nia et Mongbwalu.
Il est donc plus prudent de parler de recul de la transmission ou de signes de dépassement du pic, plutôt que de considérer l’épidémie comme entrée dans une phase définitivement descendante.
La vaccination au cœur de la riposte
La vaccination constitue l’un des principaux instruments de la réponse sanitaire, mais elle présente une particularité dans cette épidémie : le virus responsable est le Bundibugyo, et non l’espèce Zaïre contre laquelle le vaccin Ervebo est homologué.
Le 20 août, l’OMS et les CDC-Afrique ont annoncé l’allocation de 70 000 doses d’Ervebo à la RDC. Sur ce stock, 20 000 doses étaient destinées à un essai clinique de phase III visant à évaluer l’impact du vaccin contre le virus Bundibugyo, tandis que 50 000 doses étaient destinées aux personnels de santé et aux intervenants de première ligne.
Cette utilisation s’inscrit donc dans un cadre scientifique particulier, l’efficacité de l’Ervebo contre le virus Bundibugyo devant encore être évaluée. L’enjeu est à la fois de protéger les personnels les plus exposés et de produire des données permettant d’améliorer les outils de lutte contre cette souche du virus.
L’insécurité complique la riposte en Ituri
À la difficulté médicale s’ajoute le facteur sécuritaire. Dans plusieurs territoires de l’est de la RDC, les conflits armés, les déplacements de populations et l’accès limité aux services essentiels compliquent le travail des équipes de riposte.
L’OMS souligne que l’insécurité, les déplacements de population et les difficultés d’accès entravent notamment la surveillance, la recherche des cas, le traçage des contacts, la prévention et le contrôle des infections ainsi que l’accès rapide aux soins.
L’Ituri concentre une grande partie de ces difficultés. Les équipes doivent intervenir dans des zones où l’accès aux communautés peut être perturbé par les violences, ce qui complique le suivi des personnes exposées et la détection rapide des nouveaux cas.
Ces contraintes sont d’autant plus préoccupantes que l’OMS signale toujours des décès survenant dans les communautés. Les retards dans la détection et la prise en charge peuvent réduire les chances de survie des patients et favoriser la poursuite des chaînes de transmission.
Une riposte qui reste sous pression
Avec 8 300 cas confirmés et 4 018 décès au 2 octobre, l’épidémie demeure une urgence sanitaire majeure en RDC.
Le recul récent des indicateurs constitue un signe encourageant, mais la persistance de foyers actifs, les difficultés d’accès à certaines populations et l’insécurité dans plusieurs zones de l’est du pays continuent de peser sur la riposte.
Pour les autorités congolaises et leurs partenaires, l’enjeu est désormais de transformer cette baisse de la transmission en tendance durable, tout en renforçant la prise en charge précoce des malades, la surveillance des contacts, la vaccination des personnels exposés et l’accès aux communautés affectées.
TE/Sf/APA





