Le ministère algérien de la Santé a annoncé une vaste réforme visant à réorganiser les hôpitaux publics autour de pôles régionaux spécialisés pour désengorger les grandes structures et améliorer l’efficacité des soins.
Confronté à une crise structurelle du secteur hospitalier – surpopulation, pénuries récurrentes, désorganisation territoriale – le gouvernement algérien mise sur la création de pôles hospitaliers régionaux pour répartir les spécialités médicales, optimiser les ressources humaines et fluidifier la gestion des urgences.
Si le projet semble prometteur sur le papier, sa mise en œuvre soulève de nombreuses critiques. À Oran, Constantine ou Tizi Ouzou, les syndicats dénoncent une absence de dialogue et un flou budgétaire.
« Il s’agit d’un projet technocratique, sans vision claire sur les moyens alloués », alerte un représentant du Syndicat national des praticiens spécialistes de santé publique. Aucun plan n’est prévu pour revaloriser les salaires ni stopper l’exode médical : plus de 4 000 médecins ont quitté le pays depuis 2020.
Les problèmes chroniques – retards de paiement, vétusté des équipements, pannes électriques en salle d’opération – persistent, tandis que les départs vers le secteur privé se multiplient. Beaucoup craignent que ces pôles ne restent que des structures théoriques, vidées de leurs compétences.
Au cœur des critiques, la gouvernance du système de santé reste rigide et centralisée. La gestion demeure concentrée à Alger, sans autonomie réelle pour les établissements ni pour les wilayas. Des experts plaident pour une réforme des CHU fondée sur une gouvernance régionale, un financement décentralisé et une responsabilisation accrue des hôpitaux.
Dans un contexte où l’accès aux soins figure parmi les premières préoccupations de la population, les observateurs estiment que la réussite de cette réforme dépendra d’un investissement massif, d’une plus grande transparence budgétaire et d’un dialogue social structuré. Faute de quoi, elle risque de rejoindre les nombreuses réformes avortées du passé.
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