Les réformes économiques mises en œuvre par le président Bola Tinubu ont permis une nette amélioration de plusieurs indicateurs financiers. Toutefois, selon les syndicats et les acteurs du secteur informel, ces progrès restent pour l’instant peu perceptibles dans la vie quotidienne des citoyens.
Le Congrès du travail du Nigéria (NLC) ainsi que les représentants des micro, petites et moyennes entreprises estiment que la cherté persistante de la vie et la hausse des coûts d’exploitation continuent d’asphyxier ménages et entrepreneurs au Nigéria. À leurs yeux, ces difficultés éclipsent les avancées enregistrées en matière de stabilité du taux de change, de ralentissement de l’inflation et de regain de confiance des investisseurs.
Sur le plan macroéconomique, les signaux sont pourtant encourageants. Le naira s’est apprécié pour s’établir autour de 1 360 nairas pour un dollar, après avoir frôlé les 1 800 nairas lors des fortes turbulences de 2023. Les réserves extérieures brutes ont atteint 50,45 milliards de dollars à la mi-février, un sommet inédit depuis treize ans, offrant une couverture des importations supérieure à neuf mois.
Par ailleurs, la capitalisation de la Bourse nigériane a dépassé les 100 000 milliards de nairas, soutenue par des investissements de portefeuille étrangers évalués à 1,97 milliard de dollars en 2025, leur plus haut niveau depuis près de vingt ans. L’inflation a ralenti à 15,10 % en janvier 2026, contre plus de 27 % en 2024, tandis que le crédit au secteur privé a progressé pour atteindre 74 410 milliards de nairas en octobre.
Pour Onyeka Christopher, secrétaire général adjoint du NLC, ces statistiques ne reflètent pas la réalité vécue par la population. Il souligne que les loyers, les produits de première nécessité et les services ont fortement augmenté, estimant que des indicateurs qui ne mesurent pas directement l’impact social des politiques publiques ne sauraient donner une image fidèle de la situation.
Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2023, l’administration Tinubu s’est engagée dans une série de réformes structurelles destinées à corriger les déséquilibres chroniques de l’économie. Parmi les mesures phares figurent l’unification du marché des changes, mettant fin au système de taux multiples, ainsi que la suppression des subventions aux carburants. Le gouvernement a également renforcé la discipline budgétaire, amélioré la mobilisation des recettes publiques et investi dans les infrastructures et la sécurité alimentaire.
Ces initiatives ont été saluées par des institutions internationales telles que la Banque mondiale, qui y voient un facteur de stabilisation du naira, de reconstitution des réserves de change et de restauration de la confiance des investisseurs.
Du côté des petites et moyennes entreprises, le constat demeure nuancé. Solomon Aderoju, vice-président de l’Association nationale des PME pour le Sud-Ouest, reconnaît l’amélioration des indicateurs financiers, tout en soulignant que les coûts d’exploitation restent élevés. Les frais de transport ne diminuent pas et le prix du ciment a augmenté, passant d’environ 10 000 à 11 000 nairas. Selon lui, il existe un décalage entre les performances affichées sur le papier et la réalité économique ressentie sur le terrain.
Les analystes rappellent qu’un ralentissement de l’inflation ne signifie pas une baisse des prix, mais simplement un rythme de hausse moins soutenu. Dans ce contexte, la dévaluation du naira et la suppression des subventions ont accentué les difficultés des travailleurs, creusant le fossé entre statistiques officielles et conditions de vie.
Les syndicats réclament ainsi des mesures capables d’améliorer directement le pouvoir d’achat et de réduire les charges pesant sur les ménages. Pour eux, la stabilisation macroéconomique, bien que nécessaire, demeure insuffisante si elle ne se traduit pas par des créations d’emplois et une amélioration tangible du bien-être.
À l’inverse, certains experts défendent la nécessité de ces réformes. L’ancien directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie de Lagos, le Dr Muda Yusuf, les qualifie de douloureuses mais indispensables pour éviter un effondrement économique plus grave. Selon lui, la stabilité retrouvée et la confiance des investisseurs constituent des acquis majeurs.
Les économistes parlent d’un « décalage de transmission » classique : la stabilisation précède généralement l’amélioration du niveau de vie. La baisse progressive de l’inflation et la stabilisation monétaire peuvent exercer une pression à la baisse sur les prix réels, mais ce processus dépend du renforcement de la productivité, de l’efficacité des infrastructures et de la concurrence.
En attendant, les coûts d’emprunt élevés, les contraintes logistiques et les charges énergétiques continuent de freiner une détente significative des prix. Prudentes après plusieurs épisodes d’instabilité, les entreprises hésitent à répercuter d’éventuelles marges de manœuvre sur leurs tarifs.
En définitive, si les grands équilibres macroéconomiques montrent des signes d’amélioration, leur impact concret sur le quotidien des Nigérians reste, pour l’heure, limité.
GIK/lb/te/Sf/APA







