Une étude scientifique chiffre pour la première fois l’impact financier annuel des invasions biologiques sur l’économie marocaine, à hauteur de 5 milliards de dollars, mettant en lumière un coût largement supérieur aux dépenses de prévention.
Les espèces exotiques envahissantes pourraient coûter chaque année entre 1,14 et 5,13 milliards de dollars (environ 1,05 à 4,75 milliards d’euros) à l’économie marocaine, selon une étude publiée dans la revue scientifique Scientific Reports, qui propose la première évaluation monétaire nationale de ce phénomène longtemps cantonné au champ environnemental.
L’étude, menée par des chercheurs internationaux, s’appuie sur le croisement des occurrences d’espèces recensées au Maroc et de la base de données mondiale InvaCost, qui compile les coûts économiques documentés des invasions biologiques. Les auteurs identifient 343 espèces exotiques envahissantes établies sur le territoire national, soit un peu plus de 1 % de la biodiversité marocaine, avec des impacts concentrés sur des secteurs économiques clés.
Selon les chercheurs, l’écart entre les montants avancés reflète des limites méthodologiques assumées, liées à la disponibilité inégale des données. Toutefois, dans tous les scénarios, les pertes économiques estimées dépassent largement les dépenses actuellement consacrées à la prévention et à la gestion, traduisant un déséquilibre structurel entre coûts subis et investissements anticipatifs.
L’agriculture apparaît comme le secteur le plus affecté. Des ravageurs tels que la cochenille Phenacoccus madeirensis, la tordeuse du pommier (Cydia pomonella) ou la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata) sont associés aux pertes les plus élevées, en raison de leur impact direct sur les cultures fruitières et maraîchères. Dans un pays où l’agriculture représente 13 à 15 % du PIB et emploie près d’un tiers de la population active, ces pertes ont des répercussions sur les revenus, l’emploi et les filières d’exportation.
Les plantes envahissantes contribuent également aux coûts, notamment certaines graminées des genres Sporobolus et Cenchrus, ainsi que plusieurs espèces d’Euphorbia, qui réduisent la productivité des terres et génèrent des charges de gestion élevées, dans un contexte de pression foncière et de stress hydrique.
Au-delà de l’agriculture, des espèces comme le rat brun (Rattus norvegicus) ou la carpe commune (Cyprinus carpio) engendrent des coûts pour les infrastructures, les écosystèmes aquatiques et les usages urbains. Le moustique tigre (Aedes albopictus) est identifié comme un risque sanitaire émergent, encore marginalement intégré dans les estimations actuelles.
Sur le plan territorial, les coûts se concentrent dans les régions les plus dynamiques, notamment Marrakech-Safi, Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima, où se cumulent densité humaine, infrastructures de transport et flux commerciaux. Les auteurs soulignent toutefois que cette répartition reflète aussi des disparités de surveillance, certaines régions restant peu documentées.
MK/AK/Sf/APA







