Cinq mois après la publication d’un rapport régional accablant, la corruption continue de miner les systèmes éducatifs de cinq pays d’Afrique selon Transparency International, qui relance l’alerte face à la persistance du phénomène.
L’étude, intitulée « Leaving No Learner Behind » (« Ne laisser aucun apprenant de côté »), avait été publiée le 30 mars 2026 par Transparency International et ses chapitres nationaux dans le cadre du projet régional Inclusive Service Delivery in Africa (ISDA), mené de 2022 à 2026.
Ses conclusions, fondées sur des évaluations des risques de corruption menées auprès de plus de 5 000 élèves, parents et enseignants, dressent le portrait d’un système éducatif gangrené à ses points de contact les plus sensibles : admissions scolaires, notation des examens, recrutement des enseignants, gestion de la paie et marchés publics.
Enseignants fantômes, notes achetées, sextorsion
Le rapport pointe des pratiques systémiques : détournement de fonds via des « enseignants fantômes » toujours rémunérés bien qu’absents, fraude sur les salaires, favoritisme dans le recrutement, corruption dans les examens, et exploitation sexuelle des élèves — en particulier des filles, sommées d’échanger des faveurs sexuelles contre de meilleures notes, une admission ou une bourse.
Les chiffres pays par pays illustrent l’ampleur du problème : en RDC, plus de 56 % des personnes interrogées disent avoir payé ou constaté des pots-de-vin pour obtenir une inscription scolaire.
À Madagascar, plus de 60 % des parents d’enfants en situation de handicap rapportent une exclusion liée à des frais illicites ou à des pratiques discriminatoires. Le Ghana reste confronté à une fraude massive sur les salaires et à la persistance de travailleurs fantômes.
Le Rwanda présente des risques d’intégrité dans la notation des examens, les stages et les programmes de cantine scolaire, avec une vulnérabilité particulière des filles à la sextorsion.
Le Zimbabwe affiche les niveaux de corruption les plus élevés de la région, avec 72 % des sondés reconnaissant des pots-de-vin lors des admissions.
Des mécanismes de contrôle jugés trop faibles
Selon Transparency International, l’un des principaux moteurs de cette corruption réside dans la faiblesse des mécanismes de contrôle communautaires. Les associations de parents d’élèves, les conseils d’établissement et les comités anticorruption locaux manquent souvent d’autorité statutaire, de moyens financiers et de protection contre les intimidations. Cela limite leur capacité à obliger les autorités éducatives à rendre des comptes.
Pour Paul Banoba, conseiller régional Afrique de Transparency International, cette corruption constitue une véritable atteinte aux droits humains plutôt que de simple défaillance administrative, appelant les gouvernements africains à adopter des réformes anticorruption fondées sur les droits.
Albert Rwego Kavatiri, expert en éducation du projet ISDA, a pour sa part souligné que sans systèmes transparents et responsabilisation sensible au genre, la promesse d’une éducation inclusive resterait hors de portée pour des millions d’apprenants africains.
Des recommandations toujours d’actualité
Le rapport appelle à une action panafricaine coordonnée : reconnaissance explicite de la sextorsion comme forme de corruption, mise en place de mécanismes de signalement sûrs et confidentiels, recrutement transparent et fondé sur le mérite, numérisation des systèmes de paie, renforcement du contrôle des marchés publics et implication accrue des communautés locales.
Plusieurs mois après sa publication, ces recommandations demeurent largement lettre morte, selon les auteurs de l’étude, qui insistent sur la nécessité de maintenir la pression politique et médiatique sur le sujet.
Ils appellent l’Union africaine et ses organes spécialisés — notamment le Comité consultatif de l’UA contre la corruption et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples — à s’emparer plus fermement du dossier.
ARD/te/Sf/APA







