Les violences sexuelles liées au conflit continuent de s’intensifier au Soudan du Sud, particulièrement dans l’État de Jonglei (est), où des personnes déplacées rapportent des abus généralisés imputés à des acteurs armés, selon une mission d’évaluation conduite du 12 au 14 février par plusieurs agences onusiennes.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) fait état d’une détérioration préoccupante de la protection des civils, marquée par des violences sexuelles contre les femmes et les filles, des séparations familiales, ainsi que le recrutement et l’utilisation présumés d’adolescents par des groupes armés.
Les témoignages recueillis évoquent viols, enlèvements, agressions sexuelles et déshabillages forcés, parfois suivis de meurtres lorsque les victimes tentaient de résister.
« Plusieurs filles auraient été emmenées en captivité et d’autres auraient subi des violences sexuelles pendant leur fuite », précise l’OCHA.
Ces violences ont des répercussions directes sur les enfants, dans un contexte de déplacements forcés. Un nombre élevé d’enfants non accompagnés ou séparés a été recensé dans les zones évaluées. Beaucoup vivent désormais auprès de proches éloignés ou de membres de leur communauté, sans encadrement stable.
Le manque d’information accentue leur vulnérabilité : dans les comtés de Duk et Twic East, de nombreuses adolescentes interrogées ignoraient l’existence de services de protection de l’enfance, s’en remettant principalement à leurs pairs pour le soutien et les conseils.
Insécurité persistante et déplacements massifs
La crise humanitaire s’inscrit dans un contexte sécuritaire instable. Dans le nord et le centre de Jonglei, État frontalier de l’Éthiopie, des affrontements intermittents opposent l’armée sud-soudanaise aux forces du Mouvement populaire de libération du Soudan en opposition (SPLM-IO).
« Les civils continuent d’être exposés à des risques accrus en matière de protection dans un contexte d’insécurité persistante », souligne l’OCHA.
Depuis décembre, ces combats ont entraîné le déplacement d’environ 280 000 civils, selon les Nations Unies. Ils s’inscrivent dans la rivalité politique et militaire entre le président Salva Kiir et son rival historique Riek Machar, chef du SPLM-IO.
L’accord de partage du pouvoir conclu en 2018 avait apporté une relative accalmie, mais son effritement après l’arrestation l’an dernier de M. Machar à Juba a ravivé les tensions.
Les conséquences se font aussi sentir dans le secteur de la santé. Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) s’alarme des « graves répercussions sur les femmes et les filles » liées à l’escalade des violences à Jonglei.
La perturbation des services de maternité et de soins obstétricaux d’urgence contraint de nombreuses femmes à accoucher sans assistance qualifiée, augmentant les risques de décès maternels et néonatals évitables.
Selon un mécanisme de coordination humanitaire dirigé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au moins 16 établissements médicaux ont été attaqués ou pillés depuis fin décembre 2025, la plupart à Jonglei, réduisant encore l’accès aux soins essentiels.
Alors que l’accord de paix vacille, ces développements ravivent le spectre d’une reprise de la guerre civile. Pour les agences humanitaires, l’urgence demeure de restaurer des mécanismes de protection capables d’enrayer une violence qui frappe d’abord les femmes, les filles et les enfants.
ARD/Sf/APA







