Le président Kaïs Saïed a de nouveau multiplié les déclarations grandiloquentes sur la « jeunesse prête à prendre le relais », tout en accusant ses adversaires de vouloir replonger la Tunisie dans le passé, un discours qui contraste avec une économie en souffrance et des institutions fragilisées.
Lors d’une réunion à Carthage avec le ministre tunisien de l’Économie, Samir Abdelhafidh, et le gouverneur de la Banque centrale, Fethi Zouhair Nouri, le président Kaïs Saïed a abordé les questions liées aux équilibres financiers, au plan de développement et au rôle de la BCT dans la stabilisation du pays. Un échange institutionnel de façade, tant la rhétorique présidentielle s’éloigne souvent des réalités économiques et sociales qui frappent des millions de Tunisiens.
Saïed a affirmé que la Tunisie s’est engagée dans une « voie irréversible de révolution », attribuant les difficultés actuelles au « lourd tribut » laissé par des décennies de mauvaise gouvernance. Une critique récurrente, mais qui évite soigneusement d’aborder la dégradation accélérée des services publics depuis 2021, période marquée par sa prise de contrôle quasi totale des institutions et par une centralisation poussée du pouvoir exécutif.
Le chef de l’État tunisien a de nouveau dénoncé ceux qui auraient utilisé le pouvoir comme un « butin », les accusant d’avoir plongé le pays dans la dette. Une accusation classique, alors même que l’économie tunisienne survit difficilement, confrontée à une inflation persistante, à une pénurie chronique de devises et à une dépendance croissante vis-à-vis des partenaires internationaux. Les appels répétés du président à un « modèle souverain » n’ont jusqu’ici produit ni réformes structurelles, ni plan crédible de redressement.
Kaïs Saïd a également mis en garde contre ceux qui tenteraient de « faire remonter le temps » en infiltrant les rouages de l’État. Une manière détournée de désigner les opposants politiques, régulièrement arrêtés ou poursuivis depuis deux ans dans une atmosphère de répression accrue. Le président assure que « nul n’est au-dessus de la loi », mais ses détracteurs rappellent que la justice tunisienne est de plus en plus instrumentalisée au service du pouvoir.
Le président a par ailleurs réaffirmé sa conviction que la Tunisie regorge de ressources et qu’une jeunesse « prête à prendre bientôt le relais » fera table rase du passé. Un optimisme discursif qui contraste fortement avec l’exode massif des jeunes diplômés, les faillites d’entreprises, la détérioration du climat d’investissement et le blocage institutionnel qui freinent toute perspective d’avenir à court terme.
Fidèle à son registre nationaliste, Saïed a dénoncé les « agendas étrangers » et ceux qui nourriraient encore une « nostalgie du colonialisme ». Il a présenté ces critiques comme une preuve que la Tunisie « a choisi d’être libre ». Une mise en scène patriotique qui sert surtout à esquiver les questions urgentes : la relance économique, la soutenabilité des finances publiques et le délitement des services essentiels.
Le président a conclu en citant Farhat Hached, figure du syndicalisme tunisien, rappelant que « la vérité ne peut être tue ». Une référence historique qui peine toutefois à masquer la crise politique profonde et l’isolement croissant du pays, à un moment où les Tunisiens attendent des solutions tangibles plutôt que des déclarations enflammées.
MK/ak/ac/Sf/APA







