À Genève, Tunis rejette la « réinstallation déguisée » des migrants irréguliers, une position qui contraste avec les difficultés internes de gestion migratoire.
La Tunisie a exprimé, mardi à Genève, son rejet catégorique de ce qu’elle qualifie de « réinstallation déguisée des migrants irréguliers », lors de la 95ᵉ session du Comité permanent du HCR. Dans une allocution officielle, la mission tunisienne a dénoncé toute instrumentalisation politique des flux migratoires, appelant à une meilleure répartition des responsabilités au niveau international et à un retour des réfugiés vers leurs pays d’origine lorsque les conditions le permettent.
Cette prise de position s’inscrit dans un discours diplomatique axé sur la souveraineté migratoire et la pression exercée par l’augmentation des flux.
Les autorités tunisiennes mettent en avant les efforts consentis malgré un contexte économique dégradé, tout en appelant à davantage de solidarité internationale. Cependant, cette posture se heurte à une réalité nationale marquée par des capacités d’accueil limitées et une gestion migratoire régulièrement critiquée par plusieurs organisations internationales.
Le décalage entre discours et situation sur le terrain fragilise la portée du message tunisien. Les appels à une approche globale, incluant le traitement des causes profondes des migrations — conflits, changement climatique, crises sanitaires — apparaissent cohérents sur le plan diplomatique, mais restent difficilement traduisibles en politiques publiques effectives dans un pays confronté à ses propres déséquilibres économiques et sociaux.
Cette ligne se reflète également dans l’insistance sur le respect du droit international et des principes humanitaires. Tunis réaffirme son engagement envers les conventions internationales, tout en plaidant pour un accès renforcé à l’aide humanitaire, notamment en lien avec la situation à Gaza. Toutefois, cette rhétorique normative contraste avec les critiques récurrentes visant les conditions de prise en charge des migrants sur son territoire.
L’appel à une solidarité accrue et à un partage des responsabilités souligne, en creux, les limites des marges de manœuvre nationales. La Tunisie, en première ligne des routes migratoires en Méditerranée, cherche à repositionner le débat à l’échelle internationale, tout en évitant d’endosser un rôle durable de pays d’accueil.
Au final, cette intervention illustre une stratégie défensive davantage qu’une réponse structurée aux enjeux migratoires. En l’absence de dispositifs opérationnels renforcés et d’une coordination régionale effective, la position tunisienne risque de rester cantonnée à une logique déclarative, sans impact tangible sur la gestion des flux ni sur l’amélioration des conditions des populations concernées.
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