Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025 pourrait marquer un tournant pour le secteur énergétique africain. En relançant des financements bloqués sous l’administration Biden, sa politique ouvre la voie à une exploitation accrue des énergies fossiles sur le continent. Une opportunité stratégique ou un risque pour la transition énergétique ?
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025 a relancé le débat sur l’avenir énergétique de l’Afrique. Certains analystes y voient une occasion unique pour le continent d’affirmer son potentiel en énergies fossiles.
La réapprobation rapide d’un prêt de 4,7 milliards de dollars par la Banque américaine d’import-export pour le projet de gaz naturel liquéfié (GNL) de TotalEnergies au Mozambique – bloqué sous l’administration Biden – donne le ton de ce qui pourrait être une transformation majeure pour le secteur énergétique africain.
Un changement de cap favorable aux énergies fossiles
NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie (AEC), estime que la politique énergétique de Trump représente une opportunité pour l’Afrique d’exploiter pleinement ses vastes ressources en hydrocarbures.
« L’Afrique doit saisir ce moment potentiellement bref de l’histoire et voir l’administration Trump comme un partenaire plutôt qu’un adversaire », affirme-t-il.
Selon lui, les pressions internationales en faveur des énergies vertes ont freiné l’industrialisation et la croissance économique du continent, qui restent fortement dépendantes des énergies fossiles.
« Trop longtemps, ces pressions ont poussé les pays africains à délaisser leurs ressources en combustibles fossiles au profit d’une transition énergétique qui ne correspond pas toujours à leurs besoins immédiats », ajoute-t-il.
L’action décisive de Trump sur le projet de GNL au Mozambique pourrait signaler un renouveau du partenariat énergétique entre les États-Unis et l’Afrique, en privilégiant le développement économique plutôt que les engagements idéologiques en faveur de la décarbonation.
Un modèle à suivre pour les pays africains ?
La relance de ce projet illustre comment la volonté politique peut accélérer les processus bureaucratiques et faciliter le financement d’initiatives énergétiques sur le continent. Ce virage contraste fortement avec la réticence de l’administration Biden à soutenir les nouveaux projets d’énergie fossile, perçue par de nombreux dirigeants africains comme un frein au développement économique.
Le slogan de Trump, « forer, forer, forer », bien que conçu dans sa logique « America First », pourrait inspirer les pays africains à adopter leur propre approche : « Afrique d’abord ». Ayuk encourage ainsi les gouvernements africains à soutenir tout projet prometteur d’exploration et de production pétrolière et gazière, en simplifiant les réglementations et en attirant les investissements étrangers.
Une opposition aux objectifs climatiques mondiaux ?
Les critiques soulignent que cette approche favorisant les combustibles fossiles entre en contradiction avec les engagements internationaux en matière de lutte contre le changement climatique. Cependant, l’AEC insiste sur le fait que la réalité africaine est différente : le continent ne représente qu’une fraction des émissions mondiales, mais souffre de manière disproportionnée de la précarité énergétique.
Dans ce contexte, le charbon, souvent décrié à l’échelle mondiale, pourrait offrir une solution accessible et efficace pour répondre aux besoins croissants en électricité. La volonté de Trump de défier l’opposition internationale à la production de charbon pourrait inciter certains pays africains à rouvrir leurs mines et exploiter leurs abondantes réserves.
L’Afrique du Sud, par exemple, pourrait jouer un rôle clé en développant des technologies de « charbon propre », conciliant accessibilité financière et préoccupations environnementales. D’autres pays disposant de réserves inexploitées pourraient suivre cet exemple afin de réduire leur dépendance à l’aide étrangère et renforcer leur souveraineté énergétique.
Un leadership africain nécessaire
Pour concrétiser cette vision, les gouvernements africains devront faire preuve d’un leadership audacieux en surmontant les obstacles réglementaires, les défis sécuritaires et le lobbying anti-carbone.
Comme le souligne Ayuk : « Les quatre prochaines années sous Trump pourraient redéfinir le paysage énergétique de l’Afrique. La question est de savoir si nos dirigeants auront le courage et la clairvoyance nécessaires pour en tirer parti. »
JN/fss/ac/APA