Le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a dressé samedi le bilan de l’offensive diplomatique du Niger depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, revendiquant une rupture totale avec l’ancienne posture de « dépendance » vis-à-vis des partenaires occidentaux.
Invité de la Radiotélévision du Niger (RTN) samedi 9 mai, Bakary Yaou Sangaré a exposé les grandes lignes de la politique étrangère du Niger sous la conduite du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), articulée autour de la souveraineté, de l’image, du panafricanisme, du bon voisinage et de la diaspora.
Rupture avec la tutelle française
Le ministre a évoqué sans détour la subordination diplomatique de l’ère pré-CNSP, citant un épisode où le Niger avait voté contre son propre candidat aux Nations Unies « pour le candidat français ». « Deux fois le ministre est en déplacement, c’est à partir de l’ambassade la plus proche qu’il fait répercuter les instructions reçues de Paris », a-t-il affirmé, qualifiant cette époque de période où le Niger était « sous la coupe des Français ».
Depuis lors, le Niger a procédé au renouvellement de 22 de ses 43 ambassadeurs et reçu 29 lettres de créance de pays étrangers, ainsi que 34 délégations ministérielles étrangères en un an. Quelque 1 500 personnalités et membres de délégations de haut rang ont transité par le salon ministériel de l’aéroport de Niamey sur la même période.
Nouveaux partenaires, nouvelle posture
Parmi les partenaires désormais qualifiés de « stratégiques globaux », Sangaré a cité la Russie, la Turkiye et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), auxquels s’ajoutent la Chine – dont la relation a été élevée au rang de « partenariat stratégique » à la suite du Forum sino-africain –, l’Algérie, le Maroc et la Libye. Le Venezuela, qui figurait dans les prospections en raison de son expertise dans l’exploitation des ressources minières et pétrolières, a vu cette coopération compromise par sa situation interne. Niamey se tourne désormais vers la Biélorussie, la Serbie et les pays du Golfe.
Le ministre a aussi annoncé l’ouverture d’une ambassade en Espagne pour « compenser le déficit de fonctionnement » de la mission en France, ainsi que deux consulats à Benghazi et Sabhah en Libye, dans des zones à forte concentration de ressortissants nigériens.
Sangaré a mis en avant les candidatures nigériennes dans plusieurs comités onusiens – droits de l’enfant, élimination des discriminations envers les femmes, droit international – ainsi que la future nomination d’un recteur nigérien à l’Université islamique de Niamey. « Depuis que cette université a été créée, jamais un Nigérien ne l’a dirigée », a-t-il déploré, annonçant que trois candidats ont été présélectionnés et auditionnés, et qu’une nomination interviendra à la rentrée scolaire prochaine.
Réciprocité comme principe cardinal
Interrogé sur les difficultés de visa rencontrées par les ressortissants de pays partenaires, dont la Russie et la Chine, le ministre a invoqué les impératifs sécuritaires et les risques d’infiltration, tout en soulignant que des procédures spéciales existent pour les partenaires stratégiques. Il a également défendu le principe de réciprocité appliqué au protocole diplomatique : ses ambassadeurs n’ont accès aux ministres de leurs pays d’accréditation que si les ambassadeurs étrangers à Niamey bénéficient du même traitement. « Ce n’est pas de l’exagération, c’est de la considération », a-t-il affirmé.
Sur la discrétion reprochée à la diplomatie nigérienne, Sangaré a balayé la critique : « Les affaires de l’État, ce n’est pas sur les réseaux sociaux qu’il faut les étaler. Chaque pays a sa façon de faire. »
AC/Sf/APA







