Le Premier ministre malien a reçu, le 8 décembre 2025 à Bamako, l’ambassadrice des États-Unis Rachna Korhonen. Cette rencontre intervient après plusieurs mois de tensions autour des visas et des avertissements de voyage américains.
Depuis plusieurs années, le Mali est classé au plus haut niveau d’alerte dans les avis de voyage américains, avec une recommandation de ne pas se rendre sur le territoire en raison du risque d’attentats, d’enlèvements et de la dégradation générale de la situation sécuritaire. En 2025, ces mises en garde ont été réactualisées, les autorités américaines appelant leurs ressortissants à éviter la destination et, pour certains profils, à envisager un départ lorsque les conditions le permettaient, dans un contexte marqué par des attaques récurrentes de groupes armés dans plusieurs régions.
Sur le volet migratoire, la relation bilatérale a été marquée en octobre 2025 par un durcissement sans précédent autour des visas. L’administration Trump a décidé d’inclure le Mali dans un mécanisme de « visa bond » imposant le versement d’une caution pouvant atteindre 10 000 dollars pour certains demandeurs de visas non-immigrants, une mesure présentée comme temporaire et ciblant les pays accusés de forts taux de dépassement de séjour. Bamako a répliqué quelques jours plus tard par l’annonce d’une mesure de réciprocité imposant le même niveau de caution aux ressortissants américains sollicitant un visa malien, transformant ce dossier en point de tension ouvert entre les deux capitales.
Ces épisodes se sont ajoutés à un climat déjà alourdi par les sanctions et restrictions décidées auparavant par plusieurs partenaires occidentaux après les changements politiques intervenus au Mali depuis 2020. Parallèlement, les autorités maliennes ont multiplié les signes de diversification de leurs alliances, tant sur le plan sécuritaire qu’économique, en renforçant par exemple leur coopération avec d’autres acteurs internationaux dans le domaine militaire et énergétique.
Malgré ces frictions, des signaux de maintien du canal politique entre Washington et Bamako ont continué à apparaître en 2025. Dans plusieurs interventions publiques, l’ambassadrice Rachna Korhonen a insisté sur la volonté des États-Unis de « travailler avec le peuple malien » et de rester engagés aux côtés du pays, notamment dans les domaines du développement, de la gouvernance et de l’appui aux populations vulnérables. Des échanges officiels ont également eu lieu avec des responsables maliens, à Bamako comme à l’étranger, autour de dossiers économiques et sécuritaires.
L’audience du 8 décembre à la Primature s’inscrit dans cette séquence. Selon le compte rendu publié par les services du Premier ministre malien, l’ambassadrice américaine a transmis un message de ses autorités réaffirmant l’ouverture de Washington à des formes de coopération avec le Mali et l’intérêt des États-Unis pour les opportunités de partenariat entre hommes d’affaires maliens et américains. Le communiqué n’évoque pas publiquement les dossiers sensibles des visas ou des avis de voyage, mais situe clairement l’échange dans le registre de la relance des contacts économiques bilatéraux.
En toile de fond, les deux pays restent liés par plusieurs chantiers communs, notamment la lutte contre les organisations armées actives au Sahel, la circulation régionale des biens et des personnes, ainsi que la situation humanitaire dans les zones touchées par le conflit. Les dispositifs d’assistance américaine, qu’ils soient humanitaires ou techniques, n’ont pas été entièrement interrompus, même s’ils ont été réajustés au fil des évolutions politiques et sécuritaires au Mali.
L’entretien entre le chef du gouvernement malien et l’ambassadrice Korhonen intervient ainsi dans un contexte où la relation bilatérale alterne entre signaux de fermeté – sur la sécurité et les flux migratoires – et volonté affichée de maintenir un cadre de coopération, en particulier dans les domaines économiques et de développement.
MD/Sf/APA





